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Illustration : « La ville réversible ? »

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« La ville réversible ? »

22 Décembre 2011

Comment faire de la planification urbaine dans un contexte d'incertitudes croissantes ? Comment juguler l'obsolescence du bâti, d'une infrastructure ou simplement des usages ? La ville peut-elle être "réversible" ? Les étudiants du Master AMUR (Aménagement et Maîtrise d’ouvrage urbaine) de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées ont proposé comme élément de réponse à cette question posée par La Fabrique de la Cité une grille de lecture pour penser la stratégie urbaine en intégrant l'évolution des attentes, des fonctions, des usages.

Leur étude propose une démarche qui s’articule autour de la mise en tension entre trois couples conceptuels : permanences et substitutions dans la ville, structures et usages des programmes, irréversible et réversible dans le processus de planification.
La ville réversible correspond à un prisme pour envisager l’aménagement comme un processus itératif et sélectif, appuyé sur l’expérimentation. La notion d’irréversible vient compléter celle de réversible pour traduire l’importance de définir un nombre limité de choix stratégiques forts, à même de guider ce processus. Le réversible indique la nécessité de pouvoir laisser des champs ouverts, évolutifs en fonction du contexte. Réversible et irréversible sont de l’ordre de la posture, en amont de l’action. La coalition de l’irréversible et du réversible dans la stratégie sert un objectif commun, et ne correspond pas à deux lignes d’actions séparées.
Dans le champ de l’aménagement urbain, l’espoir d’une planification à long terme a vécu. Le contexte actuel est marqué par des incertitudes majeures, qui tiennent autant aux transformations de l’environnement économique et social qu’à la complexification institutionnelle des grands projets d’aménagement. En effet, l’accélération des flux économiques et leur volatilité entraînent une moindre prévisibilité de l’implantation spatiale des activités de production. De nouveaux rapports au temps, marqués par une volonté d’immédiateté et un sentiment d’accélération constante, contribuent à faire émerger des usages de la ville plus diversifiés. Enfin, sur le plan institutionnel, les territoires de référence s’entremêlent pour dessiner une mosaïque d’acteurs où plus aucun ne détient le monopole de l’expertise et de la légitimité.
La question se pose donc de savoir quelles sont les nouvelles responsabilités que les aménageurs doivent endosser pour rendre la ville de demain agréable et accueillante à tous. Pour La Fabrique de la Cité, c’est la notion de « ville réversible » qui permet de faire le pont entre une posture de responsabilité vis-à-vis d’un futur imprévisible et une exigence de souplesse dans le processus d’aménagement. Il ne s’agit pas de planifier la ville jetable, mais de construire les bases d’une ville projetable. L’étude propose des pistes de réflexion à partir de trois cas d’étude situés sur les territoires de La Défense et Nanterre.
 La Défense et Nanterre sont le théâtre de trois situations de frottements entre programmes et incertitudes qui ont permis de mettre en oeuvre la  grille d’analyse. La gare programmée aux Groues connaîtra une amplitude variable depuis la desserte du RER E jusqu’à la liaison vers la Normandie. Le destin de l’immeuble tertiaire Île-de-France sur la dalle de la Défense oscille aujourd’hui entre démolition, reconstruction et reconversion.
Pour chaque programme, le prisme de la ville réversible a mis en avant la possibilité :
- de tirer parti des investissements déjà réalisés, du déjà là, qu’il s’agisse des qualités physiques du bâti existant, des struc­tures urbaines en présence ou de dynamiques urbaines déjà engagées.
- de nourrir la programmation en cours en captant et en générant de nouveaux usages.

Comment intégrer les enjeux de la ville réversible à une démarche de planification ? Deux niveaux d’action se complètent. Le premier consiste à intervenir sur la structure physique du programme considéré (le « hard ») pour anticiper et orchestrer les changements d’usage. Le second  vise à fournir une réponse à l’obsolescence d’une infrastructure par l’agrégation de nouveaux services (le « soft »).
 
Ces démarches complémentaires sont illustrées au moyen de trois types de programmes :
- La reconversion de bureaux en logements : Les programmes de bureaux sont directement soumis à la volatilité de la demande économique. L’attractivité des zones d’activités peut changer rapidement, les entreprises de services ayant peu de contraintes de localisation. La vacance de bureaux est donc un phénomène habituel, qui peut se prolonger dans le temps. Face à la demande critique de logements, notamment en Île-de-France, il apparaît légitime d’envisager les possibilités de reconversion de l’immobilier de bureaux en logements. Les politiques de planification mises en œuvre aux Pays-Bas depuis la fin des années 1980 (procédures « Vinex » et « ABC ») ou au Danemark (cas du réseau de transport en commun de Copenhague) pourraient servir de modèle.
 
- Le nouvel âge des parkings : Le parking était hier une nécessité pour accompagner le progrès automobile. Il fallait pouvoir accueillir le flot de véhicules et rendre le lieu accessible à la voiture. Aujourd’hui, la place de la voiture en ville a radicalement changé. Les parkings doivent s’adapter à cette évolution. Ils sont désormais mis au service de la politique de mobilité des villes pour gérer les flux, comme dans le cas de Grenoble qui a misé sur la coordination entre son réseau de transports en commun et des parkings-relais. Les parkings peuvent également sortir du champ strict de la mobilité pour exploiter leur potentiel de nouvel espace public urbain. C’est le pari qu’a fait la ville de Breda, aux Pays-Bas, en implantant en son centre un parking semi-enterré, jouissant d’un puits de lumière et d’accès piétons qui en font un lieu accueillant, à deux pas des équipements culturels et touristiques (casino).
 
- L’optimisation des réseaux : Les réseaux portent dans leur nature même une certaine rigidité puisque leur fonctionnement repose sur une dualité entre un service et une infrastructure. Les villes européennes sont par ailleurs marquées par une tradition de centralisation en matière de réseaux. Or les réseaux centralisés doivent être entretenus de manière presque intégrale pour fonctionner. Cela peut devenir problématique pour les villes en déclin, dont les infrastructures apparaissent surdimensionnées. C’est le cas en ex-RDA où les recettes des opérateurs diminuent, alors que les frais de gestion et d’amortissement sont stables ou en augmentation. Les options d’actions sur le « hard » sont limitées aux nouveaux réseaux. Certaines expériences de réseaux dits « fragmentés », qui fonctionnent à petite échelle, de manière autonome et adaptée aux besoins locaux, ont été conçues dans cette optique. Mais d’autres approches, relevant davantage du « soft », existent en parallèle pour optimiser les réseaux, dans les phases de production et de stockage. Les smart grids ou réseaux de distribution intelligents sont ici en première ligne.

Ville flexible, ville durable, ville réversible : par-delà des intitulés variables, demeure une ambition pour l’aménagement urbain, celle de construire sans hypothéquer le futur. La ville réversible, c’est donc celle qui laisse à l’aménageur la possibilité de tirer parti des investissements déjà réalisés et de nourrir la programmation en cours en captant ou en impulsant de nouveaux usages.
Pour consulter l'étude dans son intégralité et réagir à celle-ci.
 

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BODINEAU (non vérifié) seminaire Ajouté le 10/01/2012 à 16h39

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