Les villes et les politiques publiques se distinguent par leur capacité à faire face, non seulement à l’augmentation de la mobilité des personnes, mais à leurs attentes en matière de qualité de l’environnement, du cadre architectural, des équipements, des services, etc. Consolider ou reconstituer le « capital image » d'une ville, fabriquer une identité ou une marque grâce au marketing, renvoie pour une ville à la question : suis-je ou ne suis-je pas attractive ? Reste à établir des choix entre compétitivité, solidarité et équité.
L'attractivité est un terme d'usage relativement neuf qui désigne à la fois de l’attrait, au sens de la séduction, et de l’attraction pour des populations, des professions, des villes, des régions, des implantations, etc. Elle est devenue aujourd'hui une notion primordiale, notamment pour les collectivités territoriales, en termes d’image, de réputation, d’économie.
Une compétitivité exacerbée
L’attractivité est parfois présentée comme synonyme de compétitivité, ce qui n’est pourtant que l’une de ses dimensions. Attractivité et compétitivité ont été, depuis le début de la décennie 2000, érigées en préoccupations et en objectifs pour les politiques publiques. L'attractivité, avec ses multiples composantes, est désormais une variable cruciale pour saisir, mesurer et tenter de prévoir des flux de capitaux et de populations, entre pays, entre régions, entre villes. Ce thème est devenu un sujet majeur pour les politiques d'aménagement du territoire.
De la bourse à la météo
Alors que l’attractivité ne se mesurait initialement qu’à l’aune des mouvements financiers, la notion s’est étendue à toutes les dimensions de ce qui peut faire la qualité d’un espace. Il en va dès lors de festivals, de tourisme, de dynamisme économique, d’évolutions démographiques, de services, d’installations, d’équipements, de météorologie. Bref, on peut y mettre un peu de tout, ce qui autorise tous les classements possibles.
De la sélection à la ségrégation
Derrière ce marketing territorial, se dessine une tendance prépondérante : les entreprises s'implantent désormais là où les gens ont envie de vivre. « Historiquement, on estimait que le travail se dirigeait vers le capital. Il semble que ce soit maintenant tout simplement l'inverse. Les villes qui réussissent ne sont pas celles qui attirent les investissements, mais celles qui attirent avant tout les populations », explique Julien Damon*. En effet, les villes ont tout intérêt à attirer les talents, les actifs, les mieux lotis, les catégories socio-professionnelles supérieures. Elles ont même tout intérêt à tenter de repousser les moins biens lotis... Mais dans le même temps, les politiques d'attractivité doivent faire attention à ne pas verser dans une sélection outrancière, voire dans une certaine forme de ségrégation.
De l'esprit de village à l'enfermement résidentiel
C'est à l'intérieur des villes les plus libres et les plus ouvertes que veulent se déplacer et s'installer les habitants. Une ville attractive serait donc une ville tolérante. Mais cette affirmation connaît ses limites et ne se vérifie pas universellement. Des villes, construites comme des « gated communities », ces quartiers résidentiels dont l'accès est contrôlé, et dans lesquels l'espace public est privatisé, semblent être attractives pour certaines populations car elles en repoussent d'autres... L'attractivité doit donc trouver ses propres équilibres pour ne pas engendrer son contraire, la répulsivité.
*Julien Damon est professeur associé, directeur adjoint du cycle d'urbanisme à Sciences-Po et co-auteur avec le groupe Futuribles et Vinci d'une étude sur l'attractivité.
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