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© Dieter H. Engler - La Fabrique de la Cité

Berlin : partir des usages pour transformer la ville

17/07/2015 - Comment transformer la ville à partir des usages ?

Une ville jeune, alternative et créative. Telle est la réputation de Berlin, qui attire chaque année plus de 40 000 nouveaux habitants. Laboratoire des nouveaux usages urbains, Berlin s’impose comme un exemple inspirant en matière d’initiative citoyenne, de partage des ressources et de maîtrise des outils et services numériques appliqués à la ville.

Berlin, capitale du « do it together »

La culture du « faire ensemble » est très ancrée à Berlin, en raison notamment du grand nombre d’ espaces encore disponibles dans la ville. « Friches, zones de frottement, espaces inachevés… Autant de mots qui définissent historiquement la culture de Berlin, sa carte mentale, qu’elle entretient encore aujourd’hui », explique l’architecte Finn Geipel. Des espaces utilisés de manière temporaire pour divers projets de réaménagement urbain.
L’exemple de la reconversion de l’aéroport de Tempelhof est, à ce titre, éclairant. Transformé en parc après sa fermeture en 2008, ce site aurait pu accueillir des bureaux, des logements ainsi qu’une nouvelle bibliothèque. Mais en 2014, un référendum d’initiative populaire a condamné toute nouvelle construction sur le site. Les Berlinois ont préféré utiliser cet immense espace en plein cœur de la ville pour d’autres activités : festivals, pratiques sportives ou potagers communautaires.
Autre exemple emblématique de la culture « do it together » de Berlin : le phénomène des Baugruppen. En réaction à la hausse des loyers, des citoyens s’associent sous une forme associative ou coopérative pour devenir les maîtres d’ouvrage de leur projet immobilier collectif. Une approche bottom-up qui permet de réduire les coûts, de créer de la cohésion sociale, et qui s’avère « parfaitement adaptée aux espaces interstitiels de la ville, trop petits pour intéresser les promoteurs immobiliers » selon Finn Geipel.
« La grande force de Berlin, c’est d’être une ville faite par les gens et pour les gens », résume Laurence Comparat, adjointe à la mairie de Grenoble en charge de l’open data et des logiciels libres. Mais si les Berlinois parviennent à « faire eux-mêmes » leur ville, c’est aussi grâce à la bienveillance des autorités locales, qui promeuvent l’initiative citoyenne et lui reconnaissent une vraie légitimité dans le débat public sur le développement de la ville.

Berlin et le partage

Initié en 2009 par deux Berlinois sensibles aux valeurs de l’écologie, le projet des « jardins de la princesse » (Prinzessinnengarten) est représentatif de la volonté berlinoise d’ouverture et de partage. Situés sur la Moritzplatz, dans le quartier populaire de Kreuzberg, ces jardins éphémères occupent 6000 m2 d’une ancienne friche abandonnée pendant plus de cinquante ans. Ouverts à tous, ils permettent de diffuser auprès de Berlinois un savoir-faire en matière d’agriculture urbaine. Un projet à visée sociale et pédagogique qui n’aurait pas pu marcher sans une forte mobilisation citoyenne. « À Berlin, on ne veut pas seulement participer, on veut co-créer », insiste Marco Clausen, l’un des artisans de ce lieu.
Ce goût pour le partage des responsabilités, on le trouve également à l’œuvre dans les lieux d’innovation (incubateurs, accélérateurs, …) et les espaces de coworking qui font de Berlin une capitale européenne de l’innovation. Accélérateur de start-up spécialisées dans la mobilité et l’énergie, le Startupbootcamp, est un exemple emblématique de cette volonté de déployer des stratégies de coopération pour répondre au mieux aux besoins des citadins et identifier au plus près les usages émergents de la ville. Concrètement, le Startupbootcamp sélectionne les projets de start-up les plus ambitieux, leur fournit le capital financier indispensable pour se lancer et, surtout, leur garantit un accompagnement et des conseils avisés durant les premiers mois de l’aventure ainsi qu’une mise en relation avec les grandes entreprises des secteurs de la mobilité et de l’énergie.

Les acteurs privés ne sont pas les seuls à faire de Berlin une « sharing city » (ville partagée). Par l’intermédiaire de fondations et d’agences agréées, telles que Berlin Partner, l’argent public permet aussi de façonner de nouvelles communautés, d’optimiser les ressources et les savoir-faire, et d’inventer de nouvelles formes de coopération.

L’enjeu de la data

La production de grandes quantités de données urbaines pousse les villes à devenir à la fois plus réactives et proactives. C’est l’idée-force du concept de « responsive city », développé par Susan Crawford et Stephen Goldsmith, professeurs à Harvard. Pour identifier les priorités citoyennes, anticiper les problèmes à venir, décloisonner les différents services municipaux et mieux capter les usages émergents, l’exploitation intelligente des data devient en effet un enjeu prioritaire.
Berlin a bien pris la mesure de ce bouleversement. En avril 2015, le Sénat de la ville a officiellement adopté une « Stratégie Smart City », autour de deux priorités. La première, c’est le développement de la recherche sur les technologies, notamment dans le cadre du projet de reconversion de l’aéroport de Tegel (Urban Tech Republic). Seconde priorité : l’offre de mobilité durable. Dans les prochains mois, le grand terrain d’expérimentation berlinois en la matière sera la gare de Südkreuz, dans le sud de la ville. Éoliennes, panneaux solaires, système de navigation pour simplifier les transferts intermodaux… Südkreuz doit permettre d’inventer de nouvelles formes d’innovation durable en réseaux.
Dans la culture numérique berlinoise, de nombreuses initiatives visent aussi à inciter les citoyens à se saisir des données urbaines. C’est le cas de Code for Germany, un programme initié par l’Open Knowledge Foundation (OKF), qui permet à des citoyens bénévoles de « développer des technologies et des applications civiques démontrant l’importance d’ouvrir les données publiques urbaines », explique Julia Kloiber, directrice de projet pour l’OKF.
Empowerment citoyen, partage des savoirs et des responsabilités, développement accéléré de la culture digitale : tels sont les trois piliers sur lesquels Berlin capitalise pour résoudre dans les prochains mois une équation difficile : devenir une métropole économiquement attractive sans pour autant renoncer à son ADN de ville créative et où il fait bon vivre.

L'événement

Comment transformer la ville à partir des usages ?
Séminaire international - du 01 juillet au 3 juillet 2015 - Berlin