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Comment l'urban data réinvente la mobilité

17/06/2014 -

En 2020, il y aura plus de 50 milliards de données numériques en circulation, soit autant que le nombre d'étoiles dans l'univers ! Mais pas besoin d'attendre 2020 pour entrer dans l'ère du big data : portée par le stockage en ligne et la démocratisation des objets connectés, la révolution des données a bel et bien commencé. La preuve : plus de 90% des données numériques mondiales ont été générées au cours des douze derniers mois...

De l'open data à l'urban data
Produire des données, c'est bien. Mais savoir les exploiter intelligemment, c'est mieux. Pour y parvenir, plusieurs villes se lancent dans un mouvement d'open data, c'est-à-dire de « libération » des données publiques pour permettre aux citoyens d'en disposer. Cela démarre en 2009 aux États-Unis. Très vite, trois villes se détachent : San Francisco, New York et Chicago. Des pionnières bientôt suivies en Europe par Barcelone, Berlin, Helsinki, mais aussi Rennes, Nantes ou Bordeaux.
Dépassant la logique de l'open data, certaines villes ont même mis en place une politique d'urban data, consistant à intégrer et partager l'ensemble des data produites dans le cadre urbain, qu'il s'agisse des données publiques, des données des exploitants et des entreprises, ou bien des données personnelles. « Pour co-produire des services urbains innovants, la simple ouverture des données ne suffit pas. Il faut donc trouver les moyens de dépasser l'open data », confirme Régis Chatellier, expert en territoires numériques pour l'agence Le Hub et pour le projet DatAct.

De Rennes à Helsinki
Phénomène encore émergent, l'urban data a été mis en pratique dès 2010 par la ville de Rennes. Pour réussir ce virage, la métropole bretonne a travaillé main dans la main avec Keolis (filiale de la SNCF), première entreprise française à avoir ouvert ses données. Conception de portails web, définition de cadres juridiques, développement de formats de standardisation, accompagnement de start-up... « L'enjeu, c'était de ne pas refaire avec le numérique ce qui existait déjà. Nous avons préféré mettre en place un open service sur lequel les développeurs ont pu se faire les dents », raconte Najoua Ben Jemaa, directrice digitale de Keolis. Résultat : plusieurs applications innovantes ont vu le jour. C'est le cas notamment d'Handimap, qui permet de calculer des intinéraires prenant en compte la topographie des rues, accessibles aux personnes à mobilité réduite. Si Rennes est un modèle pour les villes françaises en matière d'urban data, il en va de même pour Helsinki à l'échelon européen. En 2010, plus de 100 000 euros ont été investis par la municipalité d’Helsinki, dans le partage des données publiques et l'élaboration de nouveaux services. Quatre ans plus tard, les différents acteurs de la ville peuvent accéder librement à plus d'un millier de « jeux de données » et différentes applications pratiques ont vu le jour, en particulier des outils cartographiques augmentés. Sa renommée numérique, Helsinki la doit également au succès de Blindsquare, une application de repérage GPS pour les malvoyants qui intègre les données du réseau social Foursquare. « C'est fou de voir la vitesse à laquelle se développe Helsinki grâce à l'ouverture des données », constate Asta Manninen, la responsable du « City of Helsinki Urban Facts », qui insiste sur la simplicité de l'architecture mise en place par la capitale finlandaise : une seule agence régionale pour centraliser les données partagées par chacune des villes du « Grand Helsinki ». « Nous n'avons même pas eu besoin de créer de nouvelle organisation ou une nouvelle bureaucratie », précise-t-elle.
Ville pionnière de l'urban data, la capitale finlandaise entre aujourd'hui dans une nouvelle phase d'expansion numérique. « Helsinki voit émerger un mouvement qui consiste à redonner au citadin le pouvoir sur l'utilisation de ses données personnelles », souligne Idir Igoudjil, un des étudiants de Sciences Po, qui a mené pour La Fabrique de la Cité, une étude sur l’impact de l’urban data sur les mobilités du quotidien. Mouvement encore confidentiel, à Helsinki comme en France, tant les citadins sont encore assez peu conscients d'être à la fois des « capteurs » et des « émetteurs » de données.

Le citadin au coeur de la gouvernance
En rendant compatibles les données de tous les acteurs de la ville, l'urban data permet de jouer le jeu de la transparence et de confier au citadin un rôle à part entière dans la vie du territoire. C'est aussi et surtout le meilleur moyen d'offrir à ce dernier des services mieux adaptés à ses besoins, notamment en termes de mobilité.
En pratique, cela se traduit par la création de services numériques, notamment dans le cadre de hackathons, ces concours de création numérique ouverts aux développeurs. En avril 2014, la SNCF et le NUMA, espace parisien dédié à l'innovation, ont ainsi dévoilé la liste des lauréats du programme "Datashaker", axé sur la recherche de solutions de mobilité innovantes. Au palmarès, figure par exemple Lis tes classiques, une bibliothèque virtuelle permettant de télécharger des livres dont le temps de lecture correspond précisément à celui d'un trajet. Autre hackathon ayant permis de faire avancer l'offre de services urbains : celui organisé en mai 2014 par VINCI Autoroutes et la Communauté urbaine de Bordeaux, auquel se sont également associés des sociétés comme BlaBlaCar et Koolicar. En 48h, plusieurs applications innovantes ont pu voir le jour, permettant par exemple d'accéder à un coach personnel de mobilité (Hello Bordeaux) ou de favoriser les déplacements durables par un système de récompenses (Drive Us). Dans un registre plus international, le programme City Service Development Kit, financé par l'Union Européenne, fournit à toutes les villes qui le souhaitent une même boîte à outils permettant de faciliter le partage des données et la création d'applications numériques à usage urbain.
Pour qu'une politique d'urban data soit efficace, elle doit associer plusieurs acteurs majeurs : les municipalités, les entreprises, les citoyens mais aussi les réseaux sociaux et les communautés virtuelles. Et pour trouver la bonne alchimie entre ces différents acteurs, il est nécessaire de concevoir un système de gouvernance à la fois innovant et efficace. Aujourd'hui, Régis Chatellier propose de confier la gouvernance numérique de la ville à un « tiers de confiance ». L'ambition du projet DatAct dont il est l'un des fondateurs : « créer une régie de données, qui servirait de plate-forme pour l'échange, le croisement et le partage des données. » Un modèle qui doit être expérimenté en 2015 sur le site de la Plaine Commune, où les besoins en services urbains sont réels pour répondre à l'implantation rapide de plusieurs grandes entreprises.

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