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Mindaugas Danys - Flickr CC

(dé)mobilité, des mobilités : l'expérience néerlandaise des "Smart work centers"

17/12/2013 -

Le 10 décembre dernier, La Fabrique de la Cité a eu le plaisir d’ouvrir une nouvelle série de rencontres autour des enjeux de mobilité péri-urbaine. Ger Baron, Clustermanager IT à l’Amsterdam Economic Motor, a présenté l’expérience des « Smart work centers » (SWC), ces espaces de travail collaboratifs implantés depuis 2008 sur tout le territoire néerlandais.

Une impulsion initiale de la municipalité d’Amsterdam

C’est en 2008 que la municipalité d’Amsterdam, en partenariat avec un certain nombre d’acteurs locaux, publics et privés, décide d’ouvrir le premier SWC. Depuis cette date, ce sont pas moins de 120 centres de ce type qui ont ouvert dans tous les Pays-Bas (réseau Double U) – et au-delà, dans certains pays d’Europe, et même en Corée du Sud.

Le constat de départ était simple : l’agglomération d’Amsterdam souffrait d’importants problèmes de congestion, avec un trafic de voitures individuelles beaucoup trop important. Et ces déplacements étaient avant tout le fruit de personnes venant travailler dans le centre-ville, au prix d’une pression temporelle et psychique sans doute néfaste pour leur bien-être.

C’est pour répondre à ces problèmes que la municipalité s’est lancée dans une démarche d’innovation à destination, en premier lieu, de ses employés. Il s’agissait de les inciter à se rendre dans les SWC pour leur éviter les aléas et les embarras du trafic routier. D’après les chiffres donnés par Ger Baron, on peut considérer que le pari a été tenu. En effet, depuis 2008, les embouteillages ont été réduits de 20% sur le territoire métropolitain, soit quatre fois plus que la projection sur laquelle la ville tablait à l’origine. Le nombre de véhicules électriques est aujourd’hui de 3500, avec un objectif de 10 000 d’ici 2015. Alors même qu’Amsterdam a connu une croissance de l’emploi de 7% depuis le lancement du premier Smart work center, la municipalité a réussi à réduire la surface de ses bâtiments administratifs de 40%. Plutôt que de construire des immeubles de bureaux, la solution a donc consisté à promouvoir des lieux de travail partagés. Par ailleurs, pour chaque agent, le gain en productivité atteindrait une vingtaine de jours par an. Un bénéfice énorme à l’échelle d’une collectivité qui emploie environ 20 000 agents.

L’implantation de ces « tiers-lieux » est déterminante. Ger Baron distingue trois possibilités : dans une zone résidentielle, accessible facilement à vélo ; à proximité d’une station de métro ou d’un « hub » de mobilité (aéroport, gare) et, enfin, à un embranchement autoroutier. Chacune de ces implantations a ses avantages et ses inconvénients et ce qui échoue quelque part peut réussir ailleurs. Néanmoins, le mot d’ordre réside dans la proximité entre les lieux de vie et de travail. "Il ne faut pas amener les citadins au travail, mais le travail aux citadins".

Des « tiers lieux » orientés vers le service aux usagers

Outre la réduction des mobilités contraintes (ce que certains auteurs appellent la « démobilité »), la révolution introduite par les SWC touche évidemment aux modalités d’organisation du travail. Ces lieux sont conçus dans une logique de service aux usagers. Souvent installés sur plusieurs étages, ils décomposent les espaces en mêlant des salles de réunion, des open spaces avec des bureaux individuels, des salles de coworking dédiées au montage de projet… Le tout dans une ambiance qui se veut résolument « cosy », avec des lieux de convivialité (kitchenettes, machines à café, sandwicherie - restauration) permettant des échanges plus informels et de la « fertilisation croisée ».

Ger Baron insiste tout particulièrement sur la qualité de la connexion Internet (très haut débit par fibre optique). Dès 2009, la ville d’Amsterdam s’est d’ailleurs lancée dans la mise en place d’un réseau de fibre optique ultra-rapide à destination des entreprises et des employés municipaux.

Des modèles d’affaire apparemment couronnés de succès

Si la municipalité d’Amsterdam a été pionnière dans la démarche, de nombreux SWC sont aujourd’hui gérés par des entreprises ou des groupements d’entrepreneurs. Cela implique de trouver des modèles d’affaire adaptés.

S’agissant des économies réalisées par les pouvoirs publics, Ger Baron a donné le chiffre de 10 millions €, ce qui correspond à peu près aux conséquences de la diminution de la surface des immeubles municipaux.

Pour leur part, les SWC privés ne désemplissent pas. L’investissement initial serait ainsi rapidement amorti par le biais des cotisations dont s’acquittent les utilisateurs des lieux. La municipalité ne verse plus de subvention, comme elle le faisait auparavant, sauf exception. Mais Ger Baron estime que le succès des SWC créera à terme une compétition accrue entre eux, avec des stratégies de distinction qui bousculeront l’équilibre économique actuel.

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