EnglishRetrouvez-nous TwitterVimeoLinkedInYou Tube


Norbert Lucas

Open innovation - place à l'intelligence collective

01/06/2015 - Comment créer de la valeur en ville ?

Marathons numériques, ouverture d’espaces urbains dédiés à la créativité, incubateurs nouvelle génération… Zoom sur les démarches d’open innovation qui transforment les villes en laboratoires à la fois créatifs et collaboratifs dédiés à l’exploration de nouvelles manières de travailler et de produire des services à l’ère numérique.

Le temps où chacun innovait dans son coin est révolu. Aujourd’hui, place à l’intelligence collective. La meilleure preuve de ce changement d’époque est la naissance de nouveaux espaces urbains favorisant la rencontre et la collaboration entre tous les acteurs de la ville : entrepreneurs, start-upers, designers, sociologues, urbanistes ou simples citoyens impliqués dans la vie de leur quartier. À la fois incubateurs d’entreprises, espaces de coworking et ateliers de création, ces nouveaux lieux hybrides permettent de croiser les savoirs dans une logique participative et de passer rapidement de l’idée à la pratique pour chercher à répondre au plus près aux nouveaux besoins des citadins en termes de mobilité, de connectivité, d’habitat et de qualité de vie.

Les nouveaux lieux hybrides de l’open innovation

Aménagé en plein cœur du quartier du Sentier, Player est le dernier-né des espaces parisiens dédiés à l’innovation ouverte. Inauguré le 13 avril 2015, cet espace accueille une communauté de cinquante acteurs de tous horizons (banque, design, urbanisme, médias, art numérique, prospective, etc.). Il s’est donné pour mission d’inventer de nouvelles façons de travailler. Comment ? En créant de nouvelles communautés d’acteurs autour d’une problématique commune pour créer de nouveaux produits ou de nouveaux service urbains. Se présentant comme un « incubateur d’innovation collective », le Player sera ouvert aux habitants du quartier, qui pourront participer sur place à des ateliers de prototypage et à des initiations aux rudiments du code informatique. Parfois, il fera même ponctuellement appel à ces derniers pour « tester des produits, des concepts et des idées ».
Autre haut lieu de l’Innovation à Paris, le Numa est implanté à quelques mètres de Player, rue du Caire. Véritable écosystème numérique de la capitale, ce bâtiment abrite un espace de coworking, un accélérateur de start-up, des fablabs et des ateliers de prototypages. La Fabrique des Mobilités fait partie des acteurs qui ont rejoint récemment le Numa. Initiée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), elle se présente comme le « premier accélérateur européen dédié à l’écosystème en mutation des acteurs du transport et des mobilités ». Plutôt que d’assurer un soutien financier direct, la Fabrique des mobilités entend aider les entrepreneurs porteurs de bonnes idées, notamment en matière de réduction de la pollution, en mettant à leur disposition les ressources digitales et physiques des territoires les plus à mêmes de les aider à donner corps à leurs projets. Des acteurs comme le pôle de compétitivité Mov’eo, l’école Telecom Paris Tech ou encore la ville d’Issy-les-Moulineaux sont déjà partenaires de cette « fabrique », qui sera lancée officiellement en octobre 2015, à Bordeaux, à l’occasion du congrès mondial ITS.
Le Numa accueille bien d’autres initiatives d’innovation ouverte, à l’image du programme Data Shaker, co-créé par Silicon Sentier et la SNCF, qui a déjà permis de soutenir et d’accompagner de nouveaux services numériques dans le cadre urbain, qu’il s’agisse de fournir en temps réel les horaires de passage des derniers métros (Homenow), de proposer un système de livraison collaboratif entre particuliers (Coolis) ou de proposer aux voyageurs des bibliothèques virtuelles dans les gares et dans les trains (Storylab).
À ces espaces hybrides, il faut aussi ajouter les incubateurs d’entreprises plus classiques, souvent initiés par des grandes entreprises (Orange Fab, Start’in Post, Microsoft Ventures, etc.) ou des grandes écoles (Blue Factory de l’ESCP Europe, Agoranov, etc.) qui permettent d’accompagner les start-up innovantes dans leur croissance. Un appel à candidatures vient d’ailleurs d’être lancé aux start-up pour intégrer le nouvel incubateur Boucicaut, qui sera, à terme, le deuxième plus grand incubateur financé par la Ville de Paris.

Accélérer l’innovation à travers des rendez-vous participatifs

L’innovation ouverte passe par de nouveaux lieux mais aussi par de nouveaux rythmes de travail et de création. De plus en plus de villes organisent ainsi des hackathons, concours de création informatique ouverts à tous les développeurs permettant de concevoir de nouveaux services.

Du 10 au 12 avril 2015, VINCI Autoroutes, en partenariat avec la Métropole Nice Côte d’Azur, a ainsi organisé un hackathon à l’Allianz Riviera, le stade de Nice, pour « réinventer l’expérience client des voyageurs et des spectateurs des stades, des routes et des aéroports ». Ce marathon numérique et créatif de 48 heures a permis à 130 personnes réparties en 29 équipes d’imaginer de nouvelles applications d’optimisation de la mobilité. C’est le projet BabbleCar, un réseau social pour véhicules connectés permettant à leurs occupants d’échanger des informations entre eux, qui a remporté le prix du public et le premier prix.

Utile pour les entreprises, le modèle du hackathon séduit aussi les municipalités, en particulier aux États-Unis. À Pittsburgh, le « Steel City Codefest », ouvert aux lycéens et même à certains élèves de primaire, permet de stimuler la conception d’applications mobiles s’appuyant sur les données urbaines. Même approche à Los Angeles, où le concours « Tech LA » permet de concevoir des outils numériques pour proposer de nouveaux services, visant par exemple à optimiser l’approvisionnement des centres d’accueil pour les sans abri.

Le hackathon n’est pas la seule manière de redéfinir le cadre temporel de l’innovation ouverte. D’autres types de challenges collaboratifs permettent également de croiser les réseaux et les compétences pour faire émerger de nouveaux services. C’est le cas, par exemple, du projet Gare Remix, expérimenté fin avril par la ville de Lyon pour transformer la gare Saint-Paul. Durant trois jours, sept équipes créatives pluridisciplinaires ont « remixé » la gare pour en faire leur terrain de jeu et construire des installations visant à la rendre plus ludique, plus pratique, plus agréable à vivre.
Cette approche participative contribue, au même titre que l’organisation de hackathons ou l’ouverture de nouveaux lieux créatifs, à la diffusion d’une culture commune de l’innovation dans l’action à la fois ouverte, collaborative, horizontale et connectée.

Événements sur ce thème

Quelles activités économiques et quelles stratégies de localisation à l’échelle d’une ville ?
Séminaire régional - 16 septembre 2014 - Lille