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Optimiser les villes avec les data : retours d’expérience de villes nord-américaines

30/03/2015 - Quels sont les impacts des NTIC et de la data sur la ville ?

La Fabrique de la Cité poursuit son travail sur l’impact du data management sur la transformation urbaine. Cinq Chief Data Officers ont répondu à l’invitation de La Fabrique de la Cité pour présenter les projets en cours de développement à Boston, New York, Chicago, Pittsburgh et Los Angeles. Décryptage sur la façon dont ces villes utilisent les data pour améliorer l’efficacité de leur action, inventer de nouveaux services urbains et ainsi être plus transparent vis-à-vis des citadins.

De Paris à Singapour en passant par Amsterdam ou New York, l’immense majorité des grandes métropoles ont initié au cours des derniers mois d’ambitieuses politiques en matière d’urban data, ces données produites par les citoyens, les entreprises et le secteur public qui permettent de réinventer l’offre de services urbains. Mais les villes américaines se distinguent par la création de postes spécifiques de Chief Data Officers, directement nommés par les maires. Leur mission consiste à coordonner l’ensemble des données produites par les différents acteurs de la ville et lancer de nouveaux programmes s’appuyant justement sur ces données.

Répondre à des besoins spécifiques

Chicago est l’une des premières métropoles américaines à avoir investi d’importants moyens humains et matériels dans la production et l’exploitation des données urbaines. Une volonté qui s’est traduite notamment par la nomination en 2011, au poste de Chief Data Officer, de Brett Goldstein, le fondateur du département d’analyses prédictives de la police de Chicago.
Pour tirer parti des quelques 7 millions de données produites chaque jour à Chicago, la municipalité a notamment lancé WindyGrid, une application cartographique permettant de visualiser en temps réel des informations géolocalisées (historique des accidents, tweets publics, appels d’urgence, etc.). Un outil qui se révèle particulièrement utile quand la ville accueille de grands événements comme, en 2012, le sommet de l’OTAN.
S’inscrivant à l’échelle d’un quartier entier, The Array of Things repose sur l’exploitation des données issues de plusieurs dizaines de boîtiers munis de capteurs, fixés sur des panneaux de signalisation et des réverbères. Cet équipement doit permettre d’adapter en temps réel l’environnement urbain, par exemple à travers une reconfiguration automatique des feux de circulation en fonction du trafic piéton, de la pollution, de la température, etc. « Ce sont les habitants qui, en produisant des données, vous racontent en temps réel l’histoire de leur ville », insiste Goldstein.

Moderniser l’administration

New York aussi a son Chief Data Officer en la personne d’Amen Ra Mashariki. Nommé en octobre 2014, ce dernier dirige le Service municipal d’analyse des données (MODA), chargé de centraliser et recouper l’ensemble des données produites par les différentes agences de la ville. « Notre mission consiste à définir les priorités stratégiques, à améliorer la qualité des services urbains, à appliquer la loi plus efficacement et à renforcer la transparence, le tout grâce à l’urban data », explique Mashariki. Le CDO de New York estime qu’ il « faut cesser de travailler en silo. On a tous tendance à penser les données par thématiques cloisonnées alors qu'il est essentiel de croiser les data ». New York oblige désormais l’ensemble des agences municipales à ouvrir une grande partie de leurs données et à les rendre accessibles sur un portail dédié. Une impulsion qui s’incarne dans le NYC DataBridge, un service de partage des données interne aux différents services de la ville et réunissant plus de 50 sources de data, qu’Amen Ra Mashariki décrit comme « un immense entrepôt permettant de stocker, de croiser et d'analyser les data new-yorkaises ».
Et c’est pour donner corps à cette démarche d’ouverture qu’a été créé le NYC Business Atlas, une plate-forme qui recense des informations utiles aux créateurs d’entreprises (salaire moyen par quartier, trafic, montant des taxes, etc.).

Au-delà de l’ouverture des données

« Il ne faut pas se contenter d’ouvrir les données mais chercher à créer de la friction », encourager les croisements, les réappropriations, l’émulation autour des possibilités qu’ouvre l’urban data. Telle est la philosophie d’Abhi Nemani, l’actuel Chief Data Officer de Los Angeles.
Il est revenu sur les quatre grands principes qui guident son action en matière d’urban data.
- Se focaliser sur l’utilisateur. C’est pour permettre aux citoyens d’accéder à des informations qui leur sont vraiment utiles et instantanément compréhensibles que Los Angeles a totalement refondu son portail d’open data au début de l’année 2015.
- Transformer l’expérience citoyenne en s’appuyant sur l’ouverture des données. Une logique qui s’est traduite par un partenariat avec la plateforme de recommandation Yelp, qui permet à chacun de prendre directement connaissance de la notation officielle des restaurants de la ville par les services d'hygiène, ou encore de Trulia, site participatif sur l’immobilier résidentiel.
- Activer une communauté. Pour y parvenir, Los Angeles a notamment créé ses TechLACompetitions, des hackathons de 24 heures au cours desquels les citoyens passionnés de data inventent de nouveaux services et applications sur des thématiques comme la préservation des ressources en eau de la ville.
- Impliquer les institutions, « car ce sont elles qui résistent au temps et aux mandatures successives ».

Créer les conditions de la co-construction

Dans chacune des villes, c’est la co-construction qui apparaît comme le mode d’ordre essentiel. Ainsi, à Pittsburgh, Debra Lam, la Chief of Innovation and Performance, explique : « notre ambition est de forger une culture de l’innovation et de la responsabilité à tous les échelons de la ville ». La Steel City a déjà initié une vingtaine de projets d’urban data. Parmi les plus emblématiques, on peut citer l’application SnowPlow Tracker, qui permet d’identifier en temps réel les routes qui n’ont pas encore été déneigées, le réseau social NextDoor Partnership, qui présente toutes les informations pratiques utiles aux citadins, quartier par quartier (sécurité, ramassage des ordures, etc.), ou encore le Steel City Codefest, rendez-vous des développeurs citoyens qui permet d’inventer de nouveaux services urbains et d’impliquer des centaines de collégiens, de lycéens et d’étudiants.
De son côté, la ville de Boston a récemment conclu un partenariat avec Waze, l’application GPS mobile rachetée par Google, dont le modèle repose sur la remontée d’informations par les utilisateurs (crowdsourcing). Pour la ville et en particulier les services de Jascha Franklin-Hodge, le Chief Information Officer, ces données se révèlent très utiles pour compléter les informations collectées par les 300 caméras posées aux principales intersections. Boston fournit par ailleurs aux utilisateurs de Waze une information très en amont sur les événements susceptibles d’avoir une incidence sur le trafic – comme une rue bloquée par des travaux de voirie.
La collaboration entre villes est également essentielle pour faciliter l’échange de bonnes idées et de bonnes pratiques sur l’urban data. New York reconnaît s’être beaucoup inspiré de Chicago ; Pittsburgh de Boston, etc. C’est aussi un point qu’a souligné Jean-Louis Missika, adjoint à la Maire de Paris chargé de l’urbanisme : les métropoles doivent travailler à la création d’outils de partage des données et de valorisation des services innovants, voire à un statut de « données d’intérêt général ».

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