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Crédit photo : Tab59 - Flickr

Périurbain : quels enjeux? Quels potentiels ?

31/01/2013 -

Le forum Vies Mobiles (SNCF) s’est tenu les 24 et 25 janvier 2013. L’occasion pour nombre d’universitaires, praticiens, journalistes, artistes ou observateurs de réfléchir sur le thème : « Des mobilités durables dans le périurbain, est-ce possible ?» La première question qui se pose alors est: qu’entend-on par périurbain?
Cette question est double. Elle pose le problème de l’espace mais aussi des modes de vie dans cet espace.

Le périurbain est aujourd’hui un sujet récurrent de débats et d’interrogations. Une seule certitude pour l’ensemble des participants : le périurbain est destiné à exister encore longtemps. Il s’agit donc d’en faire un espace à investiguer, à utiliser, à revitaliser.
Quel rapport entre ville centre et périurbain ? Entre zones périurbaines ? Quelles conséquences en terme de mobilité ? Cette mobilité est-elle ou peut-elle devenir durable ?

Une approche spatiale
La question spatiale, pourtant centrale dans le débat, n’est pas résolue aujourd’hui., Dans le cas français, le « périurbain » est ce qui se trouve entre la banlieue proche autour de la « ville centre » et, les zones rurales. On y inclut parfois la première couronne et une part plus ou moins grande de « campagne ». On construit des outils statistiques d’identification (densité, distance, taille de population, etc.) et on cherche des approches fonctionnelles, morphologiques ou encore sociologiques. Des analyses différentes en fonction des pays. Finalement chacun a sa définition et il s’agit plus d’une interprétation politique et sociétale qui dépend des enjeux du moment que d’autre chose.
Mais ce flou dans la définition révèle une chose capitale et unanimement mentionnée par les intervenants : il n’y a pas un périurbain mais DES périurbains. On y retrouve aussi une diversité sociale, économique ou familiale qui impose une grande prudence ainsi qu’une grande finesse dans l’approche. C’est donc tout naturellement que le forum des vies mobiles s’est penché sur « les modes de vie périurbains » comme point de départ de la réflexion.

Quels modes de vie périurbains ?
Répondre à cette question a été l’occasion pour les intervenants de déconstruire progressivement l’image pré-faite que l’on pouvait avoir du périurbain et ainsi de nuancer une politique de ré-urbanisation actuellement omniprésente.
La logique de l’étalement urbain dont il serait responsable se trouve être stabilisée depuis plusieurs années. Les émissions de CO2 en périurbain à cause du tout-voiture sont en réalité équivalentes à celle d’une mobilité de loisir excessive de la part des « centraux » (ceux qui vivent en centre-ville). Le périurbain est loin d’être en déshérence et des modes d’auto-organisation viennent combler les manques (covoiturage, potagers partagés, loisirs de proximité, etc.).
Le rapport du périurbain à la ville centre est totalement revu. De nombreuses études montrent le développement significatif de polarités secondaires dans cet espace, des lieux de dynamisme économique, démographique, culturel. De manière générale, c’est l’exploitation de plus en plus forte des ressources locales dans cet espace qui est mise en avant. Le périurbain peut être autonome. Il devient un espace intermédiaire, qui attire notamment une population venant d’encore plus loin. On y trouve des bassins d’emplois, des ressources importantes en termes de loisirs et de culture. Le périurbain n’est donc plus vu comme un territoire subi mais également choisi, avec des populations ancrées.
Rodolphe Dodier de l'Université d’Aix Marseille a identifié différentes catégories de périurbains comme le « villageois » centré sur sa commune et se déplaçant peu, le « multi-compétent » qui bouge beaucoup en mobilisant toutes les ressources, le « navetteur » qui travaille dans la ville centre ou le « périphérique » qui fréquente surtout les polarités secondaires. Leurs mobilités sont associées à des problématiques sociales tout aussi diverses qui débouchent sur des situations de précarité énergétique, de privation, d’auto-organisation pour des ménages en difficulté ou bien au contraire de gaspillage, de non-rationalité.
C’est sur ces bases que les intervenants ont cherché à dégager des pistes pour évoluer vers une mobilité durable et agréable dans le périurbain.

Durabilité et mobilités potentielles
La mobilité dans le périurbain est centrale et soulève des questions autour, notamment, du manque de transports en commun, de l’omniprésence de la voiture, des distances plus importantes et de la vulnérabilité énergétique comme l’ont souligné Mireille Bouleau et Lucile Mettetal de l’IAU IDF.
Pour aller vers une mobilité durable, de nombreuses solutions sont proposées et débattues :
• le vélo en ville, notamment à assistance électrique, les aménagements favorables à cette pratique (autoroutes pour vélos, limitation des vitesses des voitures en ville) et le coût faible de cette solution ;
• Le développement de la voiture électrique et la mise en place d’un réseau de bornes de recharge dense ;
• le développement du tramway et du tram-train, le rôle moteur des gares périurbaines dans la mobilité ;
• la marche est également remise au centre des débats à savoir rendre les espaces agréables, disposer des aires de repos et des toilettes régulièrement, etc.

De nouveaux modes de vie sont aussi mis en avant comme le télé-travail, pratique encore très peu répandue mais débouchant sur une mobilité tout à fait différente, désynchronisant temps de travail et temps de loisir. Le plébiscite de la proximité, notamment des commerces, ouvre la voix de pratiques nouvelles et questionne sur l’avenir des centres commerciaux : hub de transport, centres à part entière ? En termes de services, des pistes comme celle du covoiturage, du transport à la demande pour tous, des taxis collectifs font partis du panel de solutions. De même le décalage des heures d’ouvertures des services publics comme l’école pourrait avoir des applications non-négligeables vers une mobilité durable. La mise en place d’un service public de l’essence qui garantirait une essence moins chère pour les parcours obligatoires et plus chère pour les autres déplacements est évoquée par Jean-Pierre Orfeuil.

La transition vers une mobilité durable représente de plus un enjeu économique fort avec des milliers d’emplois potentiels pour permettre la mise en place des services et infrastructures évoquées ci-dessus.
On voit alors tout l’enjeu de la mobilité périurbaine et des politiques publiques dans le développement de celle-ci. Le forum des vies mobiles a permis de faire émerger des pistes mais aussi de montrer la complexité du sujet et les pièges à éviter. Des réflexions qui existaient il y a 40 ans déjà restent toujours d’actualité et interrogent sur les raisons de cette lenteur opérationnelle. Il faut espérer que le temps politique soit aujourd’hui favorable et que ces débats servent rapidement à la mise en place de nouveaux modèles.

Événements sur ce thème

Optimiser l’offre de mobilité dans les périphéries des villes
Cycle de conférences - 14 janvier 2015 - Paris

L’accessibilité dans les grandes agglomérations: quelles solutions pour les habitants du périurbain ?
Cycle de conférences - 09 avril 2014 - Paris

Comment optimiser les mobilités ? Le smart au service des mobilités : qu’en est-il des smartworkcenters, comment utiliser les living labs ?
Cycle de conférences - 10 décembre 2013 - Paris

Qu'est-ce qui fait courir l'action publique en matière de mobilité urbaine ?
Restitution d'étude - du 26 mars au 27 mars 2012 - Paris, La Bellevilloise

Développement des villes et politiques de transport
Séminaire régional - 16 septembre 2010 - Lyon

Quelles infrastructures pour restaurer la compétitivité de la région Ile-de-France ?
Séminaire international - 17 octobre 2008 - Paris

Mobilité en ville : changeons !
Séminaire international - du 02 avril au 4 avril 2008 - Londres