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Les Butcher

Quelles activités économiques et quelles stratégies de localisation à l’échelle d’une ville ?

21/10/2014 -

A l’heure où l’investissement public se contracte et où la croissance économique demeure atone, comment continuer à créer de la valeur en ville, pour la ville? Environ 70 acteurs urbains venus de toute l’Europe – élus et décideurs publics, chefs d’entreprises, chercheurs, représentants de la société civile, architectes et urbanistes – se sont réunis à Lille le 16 septembre dernier, à l’invitation de La Fabrique de la Cité, pour confronter leurs expériences et initiatives sur les stratégies de développement économique pour la ville.

A cette occasion, La Fabrique de la Cité a présenté les résultats de l’étude menée en partenariat avec la London School of Economics (LSE) sur les « Phoenix Cities ». Les villes choisies par l’équipe dirigée par le Pr Anne Power – Sheffield, Bilbao, Leipzig, Turin, Saint-Etienne et Lille – ont en commun d’avoir su se réinventer pour surmonter le déclin industriel des années 1970, puis les conséquences de la crise économique et financière de 2008. Lille témoigne tout particulièrement de cette capacité à mettre en place de nouvelles stratégies de création de valeur économique et sociale. Le projet urbain de Lille, présenté par Stanislas Dendievel, conseiller municipal délégué à l’urbanisme, articule en effet des enjeux de soutenabilité (sociale, écologique et démocratique) et un projet de développement économique assis sur son statut de métropole européenne, qui place la ville au 15ème rang européen.

S’appuyer sur les compétences et ressources locales

C’est le premier message livré par le Pr Anne Power : les villes bâtissent leur stratégie de création de valeur en se réappropriant leurs atouts industriels et humains. A Belfast, la construction navale et aéronautique connaît aujourd’hui un second souffle à travers de nouveaux partenariats entre les entreprises locales (Bombardier), la municipalité et le secteur associatif. A Sheffield, l’entreprise sociale Zest développe des méthodes originales de co-construction en impliquant habitants et entreprises dans l’accompagnement de projets commerciaux locaux. L’étude de la LSE pour La Fabrique de la Cité met également l’accent sur les vertus de la coopération entre décideurs publics, acteurs privés et citadins pour définir des stratégies concertées de développement économique et social. A Lille, le projet de réaménagement de l’ancienne usine Fives-Cail-Babcock est emblématique d’une telle démarche. Comme l’a expliqué Mathieu Goetzke, directeur de l’urbanisme et de l’aménagement de la ville, il s’agit de s’ouvrir à de nouveaux modèles d’association des acteurs locaux « sans programmation économique descendante ». L’ambition, à Fives comme à Saint-Sauveur, où le séminaire s’est tenu, consiste donc à agréger de nombreux micro-projets sur un cadre bâti existant, en poussant les coopérations entre acteurs du territoire.

Ces projets relativement originaux nécessitent de nouvelles formes de coopération entre acteurs publics et privés, en particulier autour des financements nécessaires à leur réalisation. Pour illustrer cela, Cécile Lamon, directrice d’ADIM Nord-Picardie, a mis en avant l’intérêt du métier de développeur immobilier, qui peut faciliter la réalisation de projets complexes. Il s’agit de trouver un équilibre entre le souci de rentabilité des acteurs privés et la logique d’aménagement durable dont les collectivités publiques sont garantes. Ce rôle de catalyseur s’observe dans différentes opérations locales (« Iter Vitae » dans le centre-ville, « Quatuor », sur le site de l’Union, etc.) : à chaque fois, la préservation du schéma urbain global autorise tout de même une certaine inventivité dans la valorisation du foncier (services mutualisés, mixité des fonctions).

Relocaliser les activités économiques en ville

L’une des voies privilégiées consiste à implanter en cœur de ville de nouvelles activités de production. Par exemple en réduisant le « time to market », ce qui permet une adaptation plus rapide aux besoins des clients. L’activité industrielle apparaît ainsi plus personnalisée, plus proche de l’expérience quotidienne. C’est le pari que fait le groupe Oxylane, avec l’implantation imminente du siège de sa marque Kipsta sur les rives de l’Union, dans un ensemble qui comprendra en outre un centre de recherche, un magasin et un complexe sportif avec terrains de football et de rugby. L’installation de ces différentes structures sur un même site permet certes de réduire les coûts de construction, mais elle permet également de limiter les délais de livraison des produis et de contribuer à l’animation économique locale. La présence de terrains de sport permet enfin d’observer directement le comportement des clients et de favoriser les retours d’usage, sources d’amélioration et d’innovation.

Le projet de Kipsta à l’Union est similaire à d’autres initiatives déjà menées par le groupe Oxylane depuis 1994 avec la création du Campus Décathlon à Villeneuve-d’Ascq. Plus récemment, le village B’twin à Lille a approfondi cette logique en réunissant un site de production des vélos de la marque, un atelier de réparation, un magasin, une zone de test en intérieur et des pistes de vélo extérieures ouvertes au public.

Les Fab Labs (« fabrication laboratories ») peuvent également répondre à cet objectif de relocalisation des activités économiques en ville, comme l’a montré Peter Troxler, professeur associé à l’Université de Rotterdam et président de l’Association internationale des Fab Labs. Ces ateliers collaboratifs donnent accès à des outils technologiques (fraiseuses numériques, imprimantes 3D, etc.) aux entrepreneurs locaux et aux citoyens. Cela permet ainsi de concevoir des objets à faible coût. De nombreuses municipalités en Europe et aux Etats-Unis considèrent qu’en implantant un ou plusieurs Fab Labs sur leurs territoires, elles encouragent le déploiement des innovations technologiques liées aux changements d’usage. Le croisement des compétences et des expertises, ainsi que le prototypage rapide et peu coûteux autorisé par les Fab Labs, apparaissent en effet comme des conditions nécessaires à l’innovation.

Accompagner la Troisième Révolution Industrielle

La Région Nord Pas-de-Calais et la Chambre de Commerce et d’Industrie Grand Lille se sont associées dans un projet extrêmement mobilisateur : la Troisième Révolution Industrielle (TRI) constitue tout autant un objectif à atteindre qu’une méthode de coopération entre tous les acteurs locaux. Définie dans ses contours par l’économiste américain Jeremy Rifkin, la TRI postule l’épuisement des précédents modèles de croissance et l’avènement d’une nouvelle économie prenant en compte la disparition programmée des énergies fossiles (ou leur renchérissement) et les opportunités de croissance dues au développement des technologies de l’information et de la communication.

Pour Jean-Louis Guérin, directeur général de la CCI Grand Lille, la TRI a permis de rassembler autour d’une notion générale des projets qui trouvent dès lors cohérence et unité. Environ 175 projets font d’ores et déjà l’objet d’une labellisation TRI. Du projet d’éco-quartier impliquant plusieurs dizaines de millions de financements à des opérations de rénovation énergétique dans des bâtiments industriels ou commerciaux, la démarche TRI se veut transversale et plutôt bottom-up. Cela apporte, sur le territoire, un certain décloisonnement entre les acteurs, un croisement des stratégies et certaines innovations qui n’avaient pas été anticipées, comme le succès du financement participatif sur les projets économiques locaux.