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Des villes productrices de santé ?

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Des villes productrices de santé ?

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Protéger : la ville s’est construite avant tout comme rempart, contre des ennemis venus de l’extérieur et contre une nature hostile… mais aussi contre des ennemis venus de l’intérieur, les épidémies. Lèpre, choléra, variole, rougeole, scarlatine, typhoïde, peste, tuberculose… autant d’infections qui ont façonné l’urbanisme et l’architecture des villes, longtemps vus comme des outils au service de la santé publique. L’actualité sanitaire marquée par l’épidémie de la COVID-19 ne saurait faire oublier que la médecine moderne, ses innovations thérapeutiques et sa technique de pointe ont permis avec une remarquable efficacité d’éloigner l’horizon de danger des épidémies. Elle ne saurait non plus conduire à minorer le poids d’une épidémie d’un nouveau genre, celle des maladies non transmissibles et chroniques, dites « de civilisation », pouvant par ailleurs représenter autant de facteurs de comorbidité susceptibles d’aggraver une maladie infectieuse. La prise en charge des allergies, cancers, obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires et pulmonaires, troubles psychiques et maladies mentales représente un défi tant pour la médecine (l’approche curative se révélant insuffisante) que pour les économies nationales, alors que le poids économique de ces pathologies doit, selon les estimations, doubler dans les vingt prochaines années.

Ce nouvel horizon de danger exige de reposer la question du lien entre santé et environnement. La santé est un concept complexe qui dépend de facteurs inhérents à la personne (physiologie, biologie, état mental ou émotionnel) mais aussi de facteurs liés à ses interactions avec son environnement (social, économique, culturel et spatial). Plusieurs études socio-environnementales et épidémiologiques ont montré le rôle joué par l’urbanisation et les modes de vies associés dans l’apparition des maladies de civilisation. Comment repenser l’environnement pour compenser les effets potentiellement pathogènes de la vie en ville ? Le passage d’une approche de la santé centrée sur le curatif à la santé environnementale ouvre des pistes d’action très intéressantes et prometteuses à l’origine d’une nouvelle pensée de l’urbanisme et de l’architecture : réduction des polluants, des nuisances et autres agents délétères, promotion de comportements sains chez les individus (activité physique et alimentation saine), facilitation de la cohésion sociale, réduction des inégalités de santé et soutien des personnes vulnérables, renforcement de l’interdisciplinarité (en particulier entre urbanistes, médecins et sociologues), implication de l’ensemble des parties prenantes, y compris des citoyens et, enfin, mise en synergie des différentes politiques publiques (environnementales, d’aménagement, de santé). Toutefois, la santé peut-elle être réduite à la seule absence de maladie ? L’Organisation mondiale de la santé la définit depuis 1946 comme « un état de complet bien-être à la fois physique, mental et social [i] » et comme « une ressource de la vie quotidienne [ii] ». L’ambition de compenser les effets délétères de l’urbanisation peut-elle suffire ? Ne serait-il pas plutôt nécessaire de promouvoir une nouvelle approche, non plus centrée uniquement sur la pathologie et les facteurs de risque mais holistique et surtout positive ? Le travail sur la morphologie urbaine, le réaménagement des espaces publics, l’invention de nouvelles formes architecturales, la construction d’infrastructures et le développement de nouveaux procédés techniques ne pourraient-ils pas permettre à la ville de devenir « productrice de santé » ?

Si tout le monde s’accorde sur le fait de vouloir vivre dans un environnement qui ne nuira pas à la santé, les positions plus proactives doivent inciter à la prudence : d’une part, parce qu’il est en réalité difficile d’établir des mécanismes avérés de causalité positive entre ville et santé ; d’autre part, parce que lelien entre santé et environnement est tout sauf neutre. On trouve en son cœur une tension entre un objectif de préservation de la santé et une injonction hygiéniste à la « bonne vie ». Les actions menées en faveur de la qualité de l’air intérieur le montrent bien : centrées sur l’adoption par l’usager des « bons gestes » et des « bons comportements », la question des politiques industrielles à l’origine de la pollution de l’air intérieur, celle des inégalités face à ce problème de santé publique tout comme celle de nos modes de vie conduisant à une exposition prolongée à ce facteur de risque ne sont pas abordées.

L’enjeu que soulève la question des villes productrices de santé est celui de l’habitant. Quelle place lui revient-il, quel rôle lui est dévolu dès lors que l’on sort d’une conception strictement individuelle de la santé pour prendre en compte la dimension collective de l’influence de l’environnement sur la santé de chaque individu ?

 


[i] Préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé, tel qu’adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19 juin-22 juillet 1946 ; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 États. (Actes officiels de l’Organisation mondiale de la Santé, n°. 2, p. 100) et entré en vigueur le 7 avril 1948.

[ii] Charte d’Ottawa adoptée le 21 novembre 1986 par l’Organisation mondiale de la santé http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0003/129675/Ottawa_Charter_F.pdf

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