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Tour d’horizon #3. Canicules, quelles solutions actuelles pour adapter les villes ?

Mise à jour le 24 septembre 2026

Faudrait-il désormais considérer le milieu urbain comme hostile à l’homme durant certaines périodes de l’été ? Alimentées par le réchauffement climatique global, les canicules se sont intensifiées ces dernières années et semblent désormais bien ancrées dans notre quotidien estival. Une récente étude de l’observatoire européen Copernicus, publiée en juillet, rapportait une hausse mondiale de la fréquence des vagues de chaleur depuis les années 1970. En cinquante ans, les occurrences de chaleur extrême auraient augmenté de 138 % en Europe, et la saison de fortes chaleurs se serait allongée1. En France, des trois jours par an enregistrés dans les années 1980, nous sommes passés à une moyenne de douze jours dans les années 20102, soit une multiplication par quatre du phénomène en l’espace de trente ans. Les records de température sont battus un peu partout, à intervalles de plus en plus resserrés, et de plus en plus tôt dans l’année3.

Les villes en particulier subissent de plein fouet les fortes chaleurs. En cause : nos façons d’habiter et de nous déplacer dans l’espace urbain. La place centrale laissée à la voiture et l’imperméabilisation qui en découle ont engendré une augmentation des « îlots de chaleur ». De Rome à New Delhi en passant par la Nouvelle-Orléans4, les espaces urbains sont recouverts de matières minérales qui absorbent et retiennent la chaleur.

Rome ©️Flickr Josefine S.

Dans ce contexte, face à des températures estivales de plus en plus difficilement supportables, les canicules questionnent l’habitabilité de nos villes. Point de départ de crises en cascade, elles testent la résilience de nos infrastructures urbaines, économiques, sociales… Parfois jusqu’à leurs limites. Quels risques présentent les canicules pour l’individu et les sociétés dans un environnement urbain qui a été conçu sans les prendre en compte ? Quelles réponses peut-on y apporter ? Rapide tour d’horizon.

I. La transversalité du risque canicule

1. L’aggravation de la sécheresse, un facteur aux répercussions multiples (feu, eau, infrastructures)

Le terme « canicule » désigne « un épisode de températures très élevées, de jour comme de nuit, sur une période prolongée (au moins 3 jours) qui est susceptible de constituer un risque sanitaire ». Il est à distinguer de la « vague de chaleur » qui elle, correspond à « un épisode de températures nettement plus élevées que les normales pendant plusieurs jours »5.

©️Pixnio Drazen Nesic

Cette dernière favorise les sécheresses, et leur conjugaison aggrave à son tour le risque incendie. L’été 2026 a, de ce point de vue, constitué une saison des feux particulièrement violente en France, en Espagne, au Royaume-Uni et au Canada6.

Sécheresse et vagues de chaleur affectent également les cours d’eau. Artère européenne majeure, le Rhin a vu sa fréquentation par le commerce fluvial fortement perturbée, à cause de niveaux historiquement bas7. L’assèchement du Danube a quant à lui, provoqué une crise énergétique majeure en Roumanie et en Hongrie, où les centrales nucléaires ont dû cesser tout ou partie de leur activité en raison du manque d’eau8 .

L’augmentation de la sécheresse complexifie la transition énergétique et interroge le futur de l’industrie. En Allemagne par exemple, l’état de sécheresse chronique dans lequel se trouve la ville de Berlin depuis 2018 est accentué par les vagues de chaleur et le déploiement de nouveaux sites industriels9. L’agriculture n’est pas non plus épargnée. En Italie, les principaux syndicats agricoles ont recensé cette année des pertes causées par les canicules situées entre 1.5 et 3 milliards d’euros10. L’appauvrissement qui guette aujourd’hui la profession pourrait se muer demain, en un risque de taille pour la sécurité alimentaire de plusieurs pays.

Plus largement, la conjonction des vagues de chaleur et de la sécheresse remet en question les usages : dans un contexte de pénurie, comment se répartiront les consommations d’eau dans la ville de demain ? Quels besoins seront prioritaires lors des périodes de fortes chaleurs estivales ? Comment justifier ces choix ? Les températures extrêmes impliquent ainsi de penser l’indemnisation des « perdants » de ces décisions.

2. Un danger pour l’économie, les transports…

Les conséquences du nexus sécheresse – chaleur sont coûteuses, à plusieurs égards. Les incendies réclament des sommes colossales pour la reconstruction. France Assureurs estimait fin août le coût des dommages en Gironde à près de 500 millions d’euros11 . Outre-Atlantique, le Canada connaît un méga-feu par an depuis cinq ans, une tendance inquiétante au poids économique très lourd. La Colombie-Britannique, qui est l’une des provinces les plus affectées, recense des pertes annuelles de plusieurs centaines de millions de dollars canadiens : 718.8 millions en 2021, 769.4 millions en 2024, jusqu’à 1.095 milliards en 2023 (environ 680 millions d’euros)12. L’évacuation des villes et des sites industriels face aux feux porte aussi un coup aux activités. En 2023, 74 % de l’économie des Territoires du Nord-Ouest canadien était affectée par les incendies13.

Feux de forêt en Colombie-Britannique, Canada. ©️Flickr Province of British Columbia

Interruptions industrielles, endommagement des infrastructures… Le sujet est brûlant pour les assurances, progressivement concernées par l’augmentation des vagues de chaleur et des risques associés. Au-delà des incendies, la sécheresse représente un défi assurantiel majeur pour les habitations, avec l’aggravation du phénomène de « retrait gonflement argileux » (RGA) sous le coup des canicules. À Londres, les assurances ont enregistré une hausse de 90 % de la prise en charge liée au RGA ces cinq dernières années ; une dynamique qui s’est confirmée cet été, en particulier au sein des demeures les plus anciennes qui font souvent partie du patrimoine bâti de la capitale14.

Le retrait gonflement argileux conduit à l'apparition de fissures et fragilise les habitations. ©️pxhere
Schéma de retrait gonflement des argiles, et ses conséquences sur le bâti. ©️Wikimedia Commons

Baisse de productivité des salariés, chantiers à l’arrêt… Les canicules menacent directement les économies, et paralysent les réseaux de transport. La chaleur provoque en effet la dilatation du métal, conduisant à la déformation des rails et engendrant de lourdes perturbations. De même, les ponts mobiles, grands ouvrages de béton et de métal, peuvent soudain se retrouver dans l’incapacité d’abaisser ou de relever leur passerelle, comme ce fût le cas pour le Third Avenue Bridge à New York en 202415. Les températures élevées entraînent l’affaissement des lignes électriques et le dysfonctionnement des systèmes16. À Budapest par exemple, des recherches de l’OCDE révélaient que le système de refroidissement des bus cessait de fonctionner lorsque les températures dépassaient 35°C17. La fondation américaine Eno Center for Transportation rapporte, elle, que la chaleur réduit également la pression de l’air, rendant difficile voire impossible le décollage des avions. Par conséquent, retards et annulations redoublent et impliquent des dédommagements18.

Les contrecoups des canicules se chiffrent ainsi en milliards. Le think tank Verdant annonçait en août des pertes à hauteur de 4.4 milliards de livres sterling (soit 5.1 milliards d’euros) pour l’été 2026 au Royaume-Uni19. L’Allemagne comptabilisait 36 milliards d’euros de son côté20.

3. … Et la santé.

À l’échelle individuelle, les organismes accusent également le coup, et de façon plus immédiate. Les canicules causent un mal-être physique et mental lié à la difficile supportabilité de la chaleur. Elles perturbent le sommeil, fonction vitale de l’organisme. Selon le récent rapport de l’organisation Climate Central, ce seraient 56 heures de repos qui seraient perdues chaque année, soit l’équivalent d’une semaine de sommeil. 11 % serait directement imputable au réchauffement climatique. Cette moyenne globale couvre des réalités hétérogènes : la péninsule arabique et l’Asie du Sud-Est, régions particulièrement sensibles aux nuits tropicales, perdraient jusqu’à 87 et 91 heures respectivement (soit onze nuits)21.

La chaleur fragilise donc les métabolismes, et peut aller jusqu’à causer des décès prématurés, notamment chez les plus vulnérables. Les victimes périssent souvent à domicile. Cette situation met en relief les insuffisances en matière d’accès à la fraîcheur ainsi que d’adaptation des logements et de l’espace urbain.

Ces inégalités se reflètent à échelle plus globale. Les projections du Climate Impact Lab de l’Université de Chicago illustrent le déséquilibre planétaire face à la chaleur. À population et climat égaux, les pays à faibles revenus connaîtraient dix fois plus de décès liés aux canicules que les pays à hauts revenus en 2050. Le classement des cinq premiers pays touchés abonde en ce sens : Burkina Faso, Pakistan, Niger, Algérie, Soudan… Le phénomène se reproduit pour les villes : Faisalabad au Pakistan pourrait recenser dix-huit fois plus de victimes que Madrid à cause de la chaleur dans une vingtaine d’années22. Et à l’intérieur des villes, São Paolo au Brésil accuse ainsi des différences allant jusqu’à dix degrés entre quartiers favorisés et défavorisés23.

Vue panoramique de Sao Paolo, Brésil. Les espaces verts qui contribuent à rafraîchir l’environnement urbain sont inégalement répartis dans la ville. Les quartiers favorisés en bénéficient le plus. ©️Wikimedia Commons

II. Le rafraîchissement : un enjeu commun, une diversité d’approches

Face à ce constat, un éventail de solutions se déploie à l’international. Certaines d’entre elles sont pensées pour un soulagement immédiat de la chaleur, ciblent l’individu et le court-terme en offrant un répit temporaire. Elles ont l’avantage de remédier à l’urgence mais ne sont pas toujours durables, à la fois en termes de temporalité et d’impact environnemental. D’autres solutions relèvent de l’adaptation et requièrent par conséquent une planification à moyen ou long terme. Non opérationnelles instantanément, elles demandent un investissement qui leur permettront de contribuer ensuite au bien-être urbain de façon pérenne. Les unes ne sont pas exclusives des autres ; comme souvent, la stratégie idéale repose sur une combinaison qui couvrira l’ensemble des besoins.

1. Les solutions « immédiates »

a. La climatisation

Elle demeure incontournable pour un rafraîchissement rapide et demeure à ce jour, la solution privilégiée en Amérique du Nord. À la suite des canicules meurtrières de 2021, la Colombie-Britannique (Canada) avait ainsi lancé une campagne de distribution gratuite de systèmes de climatisation24. À Phoenix, aux États-Unis, la ville a mis au point un programme de réparation et de remplacement des climatiseurs à destination des habitants25.

©️Flickr

Les États-Unis sont pionniers dans la mise en place des réseaux de refuges. Dès 1995, les premiers centres frais (« cooling centers ») voient le jour, à la suite d’une vague de chaleur intense à Chicago26. Bibliothèques, centres commerciaux, piscines municipales, établissements de restauration… Autant d’infrastructures (climatisées) qui ouvrent leurs portes pour offrir un répit temporaire face à la chaleur. Ces centres frais se répandent petit à petit dans le pays (Phoenix, la Nouvelle-Orléans) et hors des frontières. Barcelone (2018), Buenos Aires (2023) et Santiago du Chili (2024) se dotent progressivement de lieux refuges officiellement répertoriés27. Plus récemment, le Portugal via le programme « Climate Refuges | Stay Cool » – une initiative du ministère du Tourisme portugais28Londres, avec l’application « Stay Cool » mise au point par l’un de ses citoyens29, et Paris – qui avait dévoilé sa carte des îlots de fraîcheur et des points d’eau30 – ont rejoint le mouvement.

b. Les abris

D’autres pays choisissent plus précisément leurs cibles. Au mois de juillet, une compagnie japonaise a fait parler d’elle en inventant le premier « réfrigérateur humain », conçu pour les travailleurs exposés aux fortes chaleurs. Le dispositif, sobre énergétiquement, promet une « récupération rapide » (« rapid heat recovery ») pour ses utilisateurs31.

En Inde, la ville de Jodhpur a installé un abri pour les passants et les travailleurs extérieurs. Zéro carbone et sans climatisation, l’abri parvient à maintenir une différence de huit degrés entre intérieur et extérieur grâce à l’utilisation de matériaux isolants, de méthodes de rafraîchissement traditionnelles et une ventilation fonctionnant à l’énergie solaire32.

2. Les solutions de « long-terme »

a. Mettre à jour les outils de gouvernance

Ce deuxième type de solutions s’exerce sur l’environnement urbain et nécessite une réflexion à long terme qui demande de repenser les modes de gouvernance. Des changements sont d’ores et déjà observables en la matière, révélant une prise en compte accrue des épisodes de fortes chaleurs dans les agendas municipaux.

En 2021, Phoenix a ainsi créé un département consacré à la chaleur représenté par un délégué spécial33. En Inde, le gouvernement compte dorénavant les canicules parmi sa liste de catastrophes naturelles. Le pays dispose en outre d’un plan d’action chaleur34, une pratique de plus en plus courante qui se rencontre aussi bien au Royaume-UniHeat Ready London », juin 2026)35 qu’en ItaliePiano Caldo », juillet 2026)36. Les autorités publiques s’emparent du sujet au travers de programmes de recherche, à Singapour par exemple avec « Adapting to Heat Impacts » et « Cooling Singapore»37. Les réglementations en vigueur font l’objet d’amendements. Le Canada a mis à jour son Code du Bâtiment après les canicules de 2021. Celui-ci stipule désormais que toute nouvelle habitation doit obligatoirement disposer d’une pièce dont la température ne dépasse pas les 28°C38.

b. Végétaliser pour contrer les îlots de chaleur ?

Parmi les solutions d’adaptation urbaine, la végétalisation figure en tête de liste. « L’ombrage produit et la transpiration des végétaux en été [permet] de réduire significativement la température ambiante »39. Dans plusieurs pays, les villes se mobilisent pour verdir leurs surfaces. À Rome, le Piano Caldo consacre 50 millions d’euros au développement des espaces verts ; c’est 94 millions de dollars US pour le programme indien Nagar Van Yojana (2020) pour la création de forêts urbaines à travers le pays40 . De son côté, Berlin ambitionne de se transformer en ville-éponge grâce à des toits végétalisés et une large plantation d’arbres. En Colombie, les « corridors verts » de Medellín, originellement conçus pour diminuer les conséquences mortelles de la forte pollution de la ville, ont contribué à diminuer les températures. Ces couloirs végétalisés qui connectent les différents espaces verts de la ville entre eux enregistrent un ressenti de baisse de température de 2 à 3 degrés inférieur à la température réelle.

Corridor vert « La Picacha » à Medellin ©️Wikimedia Commons

Gardons toutefois à l’esprit que la végétalisation ne constitue pas une solution miracle. L’entretien des espaces verts constitue un poste de dépense important pour les municipalités. Medellín consacre chaque mois 200 millions de dollars à l’arrosage, la taille, le traitement de ses plantes. Une telle somme endigue le développement futur de ses espaces verts, la ville n’étant plus capable d’assumer des coûts supplémentaires en la matière41.

De surcroît, la végétalisation ne constitue pas une solution propice de rafraîchissement urbain pour tous les climats. Fin 2024, un collectif de chercheurs de plusieurs universités (Zurich, Oklahoma, Cambridge) avertissait contre la tendance à considérer la végétalisation comme une solution « one-size-fits-all ». Les arbres contribuent effectivement au rafraîchissement des villes, mais seulement dans celles possédant un climat sec. Dans les climats humides, les arbres accentuent au contraire le réchauffement urbain nocturne (+0.8°C) en empêchant l’évaporation de la chaleur, et contribuent très marginalement au refroidissement le jour (- 2°C). La ville de Chennai (Inde) par exemple, souffrirait plus qu’elle ne bénéficierait d’une initiative de végétalisation. Même en climat tempéré, les arbres augmentent les températures nocturnes de 1.5°C – mais ils demeurent une solution intéressante car ils rafraîchissent les journées de 6°C. Les chercheurs préconisent par ailleurs un soin particulier dans le choix des espèces et leur lieu d’implantation. Ce dernier doit idéalement prendre en considération la forme urbaine environnante (orientation, ratio ciel / bâtiment des rues) pour maximiser les apports de frais42.

c. Ralentir l’absorption de la chaleur et rafraîchir par le sous-sol

D’autres techniques de rafraîchissement urbain se développent ces dernières années : revêtements routiers anti-chaleur (Phoenix)43, toits clairs (une obligation pour les nouveaux logements à Sydney)44. Londres projette d’isoler ses habitations les plus vulnérables à la chaleur et de garantir un accès aux « espaces bleus » pour permettre de se baigner45 .

Dans cette optique, l’eau devient une composante centrale de l’adaptation aux canicules, et engendre de nouvelles réflexions autour de sa place et de son aménagement dans la ville. Séville élabore ainsi depuis quelques années des laboratoires de fraîcheur urbains qui fonctionnent grâce à des réseaux de froid (Cartuja Qanat, LIFE Watercool)46. De plus grande envergure, le quartier financier Marina Bay à Singapour compte un immense réseau de fraîcheur souterrain économe en énergie (par rapport à une climatisation totale)47. En Égypte, la ville de New Alamein projette de rafraîchir les espaces publics grâce à un réseau de froid qui utiliserait l’eau de la Méditerranée48.

Ces réseaux sont particulièrement avantageux pour pallier les faiblesses de la climatisation dans certains espaces. À New York par exemple, le métro n’est pas adapté au déploiement d’un tel système : la multitude de bouches d’aération et de sorties du réseau souterrain rendrait inefficace le refroidissement par climatisation. Pour répondre à cette faille, le maire Zohran Mamdani a lancé en août une étude de faisabilité pour un système souterrain d’échange d’air qui pomperait et stockerait la chaleur du métro dans un réseau de tuyaux relié aux bâtiments municipaux les plus proches. Une fois rendu fonctionnel, ce système permettrait de rafraîchir le métro l’été et de chauffer les bâtiments municipaux l’hiver49.

©️Flickr Metropolitan Transportation Authority

d. Puiser dans les savoirs anciens : la récente (re)découverte des pratiques vernaculaires

La réadaptation des « qanats » à Séville, une technique traditionnelle de captation et d’irrigation perse50, au rafraîchissement urbain témoigne d’un élan plus global d’intérêt pour l’architecture vernaculaire et les solutions traditionnelles d’adaptation à la chaleur. L’Iran constitue un précieux laboratoire en la matière. « Attrape-vents » (bagdirs), showadan51, khishkhan52, ou encore yakhchal53, les techniques foisonnent et font aujourd’hui l’objet d’une reprise dans plusieurs pays. Au Royaume-Uni, le gouvernement a installé 7000 variantes d’attrape-vents dans ses bâtiments publics entre 1979 et 1994. Aux États-Unis, le centre du Zion National Park (Utah) intègre aussi cet élément dans son architecture, ce qui contribue à maintenir sa température de 16 degrés inférieure au climat extérieur54 .

Bagdir (attrape-vent) ©️Flickr dynamosquito
Yakhchal (chambre froide) ©️Flickr reibai

Un tel engouement s’explique par l’efficacité de ces méthodes. Une étude menée en 2022 à Sharjah, aux Émirats Arabes Unis, a conclu que le quartier d’Al-Marijah, construit au début du XIXe siècle, délivrait une performance thermique supérieure au quartier moderne de Sharqan grâce à des techniques traditionnelles de rafraîchissement passif55. Tandis que le quartier de Sharqan a été construit en suivant un schéma en grille, avec des blocs quadrillés séparés par de larges avenues verticales, le quartier d’Al-Marijah lui, présente un ensemble de rues sinueuses, bordées par des habitations ne dépassent pas douze mètres de haut qui utilisent des matières naturelles locales et possèdent des cours intérieures. L’ensemble améliore l’ombrage et la qualité de l’air, permettant à 35 % du quartier de demeurer en-dessous des 40°C en plein mois d’août (contre 15 % à Sharqan).

D’autres pays s’intéressent également aux solutions traditionnelles. En Égypte, les architectes s’intéressent aux techniques vernaculaires depuis une quarantaine d’années. Ils y étudient entre autres le confort thermique qu’offrent les murs construits en terre et l’impact des salsabils56 sur le refroidissement ambiant. En 2026, un groupe de chercheurs égyptiens a mené une expérience pour mesurer le potentiel de rafraîchissement urbain de l’argile et du roseau, deux matériaux locaux facilement accessibles. Isolants et hautement poreux, ils favorisent la régulation de la chaleur et sa dissipation pendant la nuit. Cette technique d’isolation des habitations « low-tech » et abordable, permet de maintenir une température jusqu’à 5°C inférieure à l’extérieur. Elle illustre l’efficacité des solutions passives qui, lorsque combinées, offrent davantage de rafraîchissement que les interventions isolées, et proposent une alternative bas carbone à la climatisation57.

Conclusion

La plupart des villes dans le monde présentent aujourd’hui une structure qui favorise la rétention de la chaleur. Avec le réchauffement mondial, celle-ci devient de plus en plus difficilement supportable en milieu urbain et engendre des conséquences graves sur l’agriculture, la santé, l’économie… Pour y faire face, les cadres de gouvernance s’adaptent peu à peu et les solutions commencent à se mettre en place : climatisation, végétalisation, réseaux de fraîcheur et renouveau de l’architecture vernaculaire… Autant de pistes explorées pour renforcer la résilience des infrastructures face à la chaleur.

Pour en savoir plus

I. Barraud-Serfaty, « Quel partage de l’ombre dans les villes de demain ? » La Fabrique de la Cité, novembre 2025.

E. Gardies & M. Baléo, « Transformer l’espace public pour créer des îlots de fraîcheur urbains. » La Fabrique de la Cité, avril 2025.

L. Fel, « La ville perméable : une solution tombée du ciel ? » La Fabrique de la Cité, novembre 2024.