Édito

Projet d’infrastructure cherche projet d’aménagement

« EuropaCity, c’est fini… », place à la ZAD du Triangle de Gonesse ? Alors que le projet très contesté de méga-complexe commercial et de loisirs a été abandonné dès novembre 2019 et que l’aménagement du Triangle de Gonesse n’est pas encore tranché, des militants y ont installé, le week-end passé, une « zone à défendre » (ZAD) pour empêcher la construction des voies de métro de la ligne 17 du Grand Paris Express prévue au printemps 2021.

Cette nouvelle ZAD met en lumière trois problématiques différentes : la première, d’ordre général, est que la ZAD tend à ne plus être un mode d’expression d’opposition exceptionnel ; la deuxième, directement liée au territoire, est la réelle difficulté d’avoir une vision claire pour ces 280 hectares au cœur d’une zone stratégique disputée par différents acteurs dont les projets semblent irréconciliables. D’un côté, un projet de préservation des terres agricoles réputées pour leur qualité agronomique avec le développement d’activités horticoles et maraîchères est défendu par l’association CARMA, soutenue par le Collectif pour le Triangle de Gonesse ; de l’autre, un projet de développement économique et de désenclavement d’un territoire marqué par un fort taux de chômage et un déficit d’investissements est porté par des élus locaux et la Région Île-de-France avec une ZAC de 110 hectares à la programmation mixte, entre projets industriels, agriculture urbaine et équipements publics, et une gare de la future ligne 17 du métro.

La troisième problématique est celle que soulève l’infrastructure de transport elle-même. Les militants de la ZAD, en s’opposant à la construction des voies, s’opposent à un projet dont l’impact sur le territoire qu’ils défendent n’est pas clair. En effet, le projet de gare, dont l’ouverture est repoussée à 2027, reste à déterminer en fonction du projet décidé sur le Triangle de Gonesse. Pourtant, leur argument est que faire passer des voies à cet endroit donnera fatalement lieu à l’urbanisation des terres agricoles. D’autres acteurs mettent également en question le projet de gare, à l’instar de la Fédération nationale des usagers de transports (Fnaut). « Il y a un vrai risque d’avoir une gare au milieu de rien, dans un champ« , explique ainsi Marc Pélissier, président de la Fnaut Ile-de-France dans un courrier envoyé au Premier ministre, Jean Castex. La question mérite d’être posée : l’abandon d’un des (grands) projets d’aménagement qu’elle dessert et l’absence d’un projet alternatif remettent-ils en question la pertinence de toute une ligne ? En réalité, ce qui est ainsi incidemment révélé à travers ces contestations de nature très différentes, c’est le lien entre projet d’infrastructure et projet d’aménagement et leur nécessaire articulation.

→ Retrouvez l’intégralité de notre abécédaire consacré aux conditions du débat et de la mise en œuvre de grands projets d’aménagement et d’infrastructures sur notre site, ainsi que l’entrée dédiée aux « zones à défendre » (pp. 138-140).

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