Édito

Sport et espaces publics : un duo gagnant ?

Le sport en ville est-il devenu un nouvel enjeu de politique urbaine à la faveur de la crise liée au coronavirus ? Les équipements sportifs ont été durement touchés par les mesures visant à casser les chaînes de contamination, en raison de fermetures prolongées et de protocoles sanitaires lourds à respecter lors de leur réouverture progressive pendant l’été. Le nombre de licenciés est actuellement en forte baisse : 80% des fédérations françaises font aujourd’hui face à des difficultés financières, selon Denis Masseglia, patron du Comité national olympique et sportif français.

Pourtant, le confinement a entraîné, au-delà des cercles de spécialistes, une prise de conscience de l’enjeu de santé publique que représente la sédentarité. Les effets délétères du confinement très strict des enfants espagnols, interdits de sortir de chez eux entre mars et avril 2020, ont été soulignés par de nombreux pédiatres, à l’instar de Quique Bassat, de l’Institut de santé globale de Barcelone : « alors que pour un adulte l’exercice physique est une recommandation, pour un enfant, c’est une nécessité ». Les bienfaits de l’activité physique pour la santé physique et mentale et pour le bien-être en général sont aujourd’hui largement documentés : pratiquée ponctuellement ou régulièrement, elle contribue à réduire les risques de développement de pathologies telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires, le diabète ou l’obésité et a des effets bénéfiques sur la santé mentale, la cognition et la résistance au stress.

Compte tenu de la situation sanitaire, faut-il s’attendre à une aggravation des pathologies liées à la sédentarité ? Le risque est certes important mais les villes ne se trouvent pas sans ressources pour faire face à cet enjeu de santé publique. L’expérience du confinement ainsi que les règles actuellement en vigueur, qui ne contraignent pas au port du masque pendant l’activité sportive dans l’espace public, montrent qu’il existe des alternatives efficaces à la pratique en salle. La pratique sportive n’a pas disparu, elle a évolué : la tendance au développement d’une pratique libre, auto-organisée et se déployant en plein air, dont l’apparition précède l’épidémie, s’est trouvée renforcée par les mesures sanitaires. L’espace public banal, une fois vidé de son trafic habituel, a dévoilé au plus grand nombre ce que les sportifs pratiquant le parkour ou les sports de glisse et les enfants savaient déjà : il permet une pratique sportive gratuite et à portée de main.

Face à l’engouement pour ce type d’activité physique et à la nécessité sanitaire de l’encourager, les villes doivent repenser l’aménagement et la gestion de leur espace public pour limiter les inévitables conflits d’usage. L’espace public est en effet un espace complexe qui d’une part, garantit les usages indispensables à la vie urbaine (mobilité, accessibilité, rencontres…) et, d’autre part, incarne une certaine conception de l’urbanité et du (bien) vivre-ensemble. Il s’agit donc là d’un espace support de normes et de valeurs que les pratiques sportives, en créant de nouvelles spatialités, vont venir bousculer. Or, par essence multiforme et spontanée, cette nouvelle forme de pratique est difficile à encadrer : l’enjeu pour les villes réside ainsi moins dans la programmation rigide des pratiques que dans leur accompagnement avec des solutions adaptées à chaque territoire.

La pratique d’une activité physique dans l’espace public peut donc être pleinement considérée comme un nouvel objet de politique urbaine. La reconnaissance de son impact favorable en matière de santé publique, d’inclusion sociale et d’attractivité territoriale doit conduire à adopter un nouveau paradigme d’aménagement de l’espace public. L’ambition ne saurait en effet se réduire à tolérer quelques joggeurs ou enfants jouant au football. Elle doit pouvoir se traduire par de nouveaux modes de faire : la ville de New York est ainsi parvenue à passer de la théorie à la pratique en édictant, à l’initiative de son maire Michael Bloomberg et grâce au travail conjoint de ses différents départements (Department of Design and Construction, Department of Health and Mental Hygiene, Department of Transportation, Department of City Planning), des associations locales et des professionnels, un guide de design actif dont les principes doivent être respectés par tout projet urbain financé par la ville. Ce changement de paradigme est loin d’être anecdotique : il consacre en réalité la reconnaissance de la santé environnementale, c’est-à-dire tout à la fois la reconnaissance de l’existence de facteurs de risque environnementaux et de la capacité, par l’aménagement de l’espace urbain, à agir favorablement sur la santé.

→ Et sur le même sujet : notre publication sur le futur des espaces publics en partenariat avec l’Amsterdam Institute for Advanced Metropolitan Solutions.


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