Édito

Les métropoles à bout de souffle

Responsable de 7 millions de décès prématurés par an, la pollution de l’air est aujourd’hui devenue un enjeu sanitaire mondial, alors que la recherche peine encore à identifier le seuil en-deçà duquel les particules fines que nous respirons chaque jour ne représentent plus de risque pour la santé. Au-delà du coût inestimable des vies humaines, la pollution emporte également des conséquences financières significatives : diminution de l’espérance de vie, prix des soins, coût de l’absentéisme … On estime à 20-30 milliards d’euros par an les coûts liés à la dégradation de la santé sous l’effet de la pollution de l’air intérieur et extérieur.

Si tous les regards se tournent aujourd’hui vers les États, garants de la mise en œuvre de l’accord de Paris, la lutte contre la pollution se joue également à l’échelon des villes. Souvent considérées comme foyers de maladies et nocives au bien-être, celles-ci recèlent pourtant des ressources (intellectuelles, humaines, financières) pouvant leur permettre de garantir aux citadins un air plus respirable. De la promotion des circuits courts d’approvisionnement à l’aménagement d’espaces verts, les villes détiennent de nombreux leviers d’amélioration de la qualité de l’air. Au premier chef, la régulation du trafic et la pénalisation des véhicules les plus polluants : Nantes étend ainsi la validité des tickets de transport d’une heure à une journée lors des pics de pollution, tandis qu’un système de certificats de qualité de l’air mis en œuvre ce mois-ci à Grenoble interdit à certains véhicules de circuler lors de ces épisodes.

Outre-Manche, Londres a dépassé dès la première semaine de l’année le seuil maximal de pollution prescrit par l’UE pour 2016. Peu surprenant, dès lors, que la qualité de l’air fasse partie des priorités de Sadiq Khan. Un chantier qui commence par un effort d’information des citadins : les affichages électroniques des arrêts de bus et stations de métro donneront désormais à voir le niveau de pollution, tandis qu’un système d’envoi de SMS d’avertissement aux populations les plus fragiles pourrait être mis en œuvre. À Amsterdam, c’est dans les arbres que l’on pourra s’informer sur la qualité de l’air : la startup TreeWifi en équipera bientôt certains de capteurs en forme de nichoirs dont la couleur changera en fonction de la qualité de l’air.

La mesure de la qualité de l’air, essentielle, fait aujourd’hui elle aussi l’objet d’avancées. Bonne nouvelle pour les villes, qui ont longtemps souffert d’une vision parcellaire du problème, entre données satellitaires ne permettant pas de mesurer l’évolution de la pollution en temps réel et capteurs fixes trop rares. L’heure est à la mesure par capteurs mobiles ; Google en a placé dans ses véhicules Street View à Los Angeles et San Francisco, recueillant des données sur la qualité de l’air dans chaque quartier, voire dans chaque rue. Plus à l’est, le MIT Senseable Lab a utilisé les données 3G de plusieurs millions d’abonnés pour calculer le niveau d’exposition des New-Yorkais aux particules fines en fonction de leurs déplacements quotidiens, avant d’appeler les municipalités à s’emparer de cette méthodologie pour concentrer leurs ressources sur les zones les plus exposées. Des informations plus fines sur la qualité de l’air grâce auxquelles les villes pourront aussi mesurer l’impact de leurs mesures correctives pour s’ériger, enfin, en productrices de santé.

Cet édito est extrait de L’Instant Urbain (novembre 2016) de La Fabrique de la Cité.

Sources web :

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La Fabrique de la Cité

La Fabrique de la Cité est un think tank dédié à la prospective urbaine fondé en 2010 à l’initiative du groupe VINCI, son mécène. Les acteurs de la cité, français et internationaux, y travaillent ensemble à l’élaboration de nouvelles manières de construire et reconstruire les villes.

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