Édito

Des villes de plus en plus chères, des gens de plus en plus loin ?

La Cour des comptes a récemment publié une note d’analyse sur l’état du logement en France, rappelant que le droit au logement n’était pas encore effectif dans le pays. La principale raison ? Un parc social de plus en plus segmenté, fermé : l’âge moyen de ses occupants dépassant les 50 ans. Pour augmenter d’un point le taux de vacance de ces logements, aujourd’hui à 8%, 47 000 logements supplémentaires seraient nécessaires. Fin 2020, 2,1 millions de personnes étaient encore sur liste d’attente d’un logement abordable en France et la pénurie s’aggrave. Et ce, malgré les 38 milliards d’euros dédiés à la politique du logement en 2020, un record européen.  Au point même que la loi Alur (2014), qui promettait d’améliorer l’accès au logement et la protection des personnes vulnérables, apparaît désormais lointaine…

Les causes sont nombreuses et exacerbées par la crise sanitaire. Le littoral vendéen, par exemple, déplore que les logements soient davantage prisés par les vacanciers parisiens ou les télétravailleurs.. Même constat ailleurs, à Bayonne par exemple où cette fois-ci les résidences secondaires et l’attractivité locale confisquent une partie importante du parc de logements. Spatialement, l’impact est énorme avec un qui périurbain s’étend progressivement, les habitants s’y installant faute de pouvoir accéder aux centralités. Socialement, ensuite, il existe ce que Jérôme Fourquet appelle un phénomène « d’étagement des catégories sociales dans l’espace ». Le logement pèse de plus en plus lourd dans les budgets des ménages qui voient également le coût du transport et la dépendance à la voiture augmenter au rythme de l’éloignement spatial. À l’heure où la mobilité décarbonée s’engage, où les ZFE se développent, interdisant le centre-ville aux véhicules thermiques les plus vieux, l’exaspération sociale monte.

Pour y remédier, Emmanuelle Wargon, Ministre déléguée au Logement, a décidé de mettre en place une politique de « soutien au logement abordable » articulée autour de trois leviers : le logement social, intermédiaire et la mobilisation du parc privé à loyer abordable. Pour le premier des trois, un ambitieux objectif de création de 250 000 logements à horizon 2022 est prévu. Pour le second, l’idéee est de pouvoir accélérer la location de ces logements à des tarifs plafonnés à l’horizon 2023. Dans le même temps, la Ministre a accédé à la volonté formulée par les élus de pouvoir bénéficier d’un encadrement des loyers, ancrée dans la capacité d’expérimentation des territoires lorsque la loi 3DS sera adoptée. Quoiqu’il en soit, des résultats positifs devront voir le jour, avec la contrainte d’une élection présidentielle en ligne de mire et la question prioritaire du logement.

Aaccès à la mobilité décarbonée, artificialisation des sols, rénovation des parcs de logements abordables, centres-villes devenus inaccessibles : autant de conséquences d’une redéfinition spatiale du territoire français. L’urbain étant une suite de phénomènes interdépendants, agir pour le logement abordable, c’est in fine agir pour consolider la relation métropole – ville moyenne et ne plus alimenter un sentiment de déclassement territorial.

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La Fabrique de la Cité

La Fabrique de la Cité est un think tank dédié à la prospective urbaine fondé en 2010 à l’initiative du groupe VINCI, son mécène. Les acteurs de la cité, français et internationaux, y travaillent ensemble à l’élaboration de nouvelles manières de construire et reconstruire les villes.

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