Édito

La ville moyenne est morte, vive la ville moyenne !

Xavier Molénat en 2018 publiait dans Alternatives Economiquesun article dont le titre « Requiem pour les sous-préféctures » était révélateur de l’absence de perspective de nombreuses villes petites et moyennes face à la tendance de la mondialisation et de la métropolisation. En mars 2020, quelques jours avant l’instauration du confinement, 17% de ses habitants quittaient la Métropole du Grand Paris pour rejoindre la province, se répartissant de façon relativement uniforme avec des pics dans certains départements (Ile de Ré, +30%, Orne et Yonne, +10%, Ille-et-Vilaine, +6%, selon les données Orange). À la veille du déconfinement en Métropole et du retour des « exilés » en Île-de-France, les scenarios sur « le monde d’après » se multiplient. Parmi eux, l’un se détache avec insistance, celui de la « revanche de la ville moyenne ». La crise du COVID-19, en mettant en lumière leur vulnérabilité face aux épidémies et en modifiant brutalement nos modes de fonctionnement, signerait-elle la fin des métropoles et le renouveau des villes moyennes ?

Ce scenario repose sur l’accélération d’une tendance déjà perceptible avant la crise du COVID-19, la désaffection croissante vis-à-vis de la très grande ville. On se souvient du Baromètre des territoires publié par Ipsos, qui montrait en février 2019 que la ville moyenne (de 5 000 à 30 000 habitants) était le lieu d’habitation préféré des Français (43%), loin devant la grande ville (20%) : coût de la vie et de l’immobilier trop important, modes de vie générateurs de stress et environnement nuisible à la santé – autant de caractéristiques propres aux grandes villes ne pouvant plus être compensées par leurs aménités et donnant l’avantage à des villes plus petites, perçues comme plus humaines et plus accessibles. Joel Kotkin, directeur de l’Urban Reform Institute, montre que depuis 2010 l’essentiel de la croissance urbaine aux États-Unis se concentre dans les périphéries et les petites villes, mouvement qui semble suivi par certains acteurs emblématiques de la tech(Lyft à Nashville, Uber à Dallas-Fort Worth ou Apple dans la banlieue d’Austin). Kotkin voit dans l’accélération de la digitalisation et du développement massif du télétravail à la suite du confinement un des derniers verrous à sauter en faveur d’une tendance à la dispersion.

Dispersion : le terme a son importance – le contexte particulier dans lequel nous nous trouvons aussi. Le modèle que voit poindre Kotkin est celui de la Broadacre Cityde Frank Lloyd Wright, à savoir un étalement urbain sans limite avec le développement d’un habitat individuel, apte à répondre au besoin actuel de maîtrise de son environnement et à une peur de l’autre, potentiellement vecteur de maladies. Hugo Soutra, dans le Courrier des Maires, va dans le même sens en explorant cette « revanche des villes moyennes » qui voit croître non pas les villes-centres – qui continuent à avoir besoin du programme Action Cœur de Villes – mais leurs périphéries : « s’il reste aujourd’hui un peu de trafic automobile sur les rocades de Morlaix, Mulhouse en passant par Périgueux, Pamiers ou Alès, leurs « cœurs de ville » ne battent plus […] Avant la crise, des commerces indépendants fermaient déjà les uns après les autres, sous l’effet du déménagement des familles de classes moyenne ou supérieure comme des emplois. Voire même parfois du déplacement des services publics en périphérie ». On voit là toute la difficulté d’un discours généralisant sur « la » ville moyenne, sa renaissance ou sa mort. D’abord parce que les villes moyennes connaissent des trajectoires très différentes, des plus dynamiques aux plus sombres, mais surtout parce qu’elles n’existent pas en dehors de leur aire urbaine, dont la dynamique peut être très différente de la leur (croissance vs. dépérissement).

Cette tendance à la dispersion appelle trois remarques : pour parvenir à promouvoir un nouvel équilibre territorial et à faire de la revitalisation des villes moyennes une réalité, il faut d’abord reconnaître l’existence de ce mouvement anti-urbain, en comprendre les ressorts, et face à lui, affirmer la ville comme creuset de démocratie, d’innovation, d’opportunités et de résilience – et l’adapter en conséquence ;  il faut ensuite promouvoir l’échelle de l’aire urbaine comme la seule échelle de gouvernance pertinente pour limiter l’étalement et le mitages urbains et lutter contre la mobilité carbonée en rendant les territoires responsables les uns vis-à-vis des autres ; il faut enfin développer les relations interterritoriales pour dépasser l’opposition stérile entre métropoles, villes petites et moyennes et leurs périphéries et construire des réseaux solides de coopérations, autre pilier essentiel de la résilience.

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La Fabrique de la Cité

La Fabrique de la Cité est un think tank dédié à la prospective urbaine fondé en 2010 à l’initiative du groupe VINCI, son mécène. Les acteurs de la cité, français et internationaux, y travaillent ensemble à l’élaboration de nouvelles manières de construire et reconstruire les villes.

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