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Les défis urbains de la mobilité électrique

La mobilité électrique en ville est aujourd’hui l’une des solutions clés dans la lutte contre le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre et de polluants, à plus forte raison dans les pays dont le mix électrique est déjà quasi-totalement décarboné, tels la France ou la Norvège. Néanmoins et malgré les effets d’annonce, les voitures électriques sont encore rares dans nos villes et territoires. L’évolution des ventes de véhicules électriques ces dernières années témoigne cependant d’une croissance rapide, constante et généralisée laissant présager un futur dans lequel la mobilité électrique sera un élément essentiel de la mobilité urbaine.

Jenny Skagestad, ONG ZERO

C’est pour débattre des défis urbains afférents au développement de cette mobilité électrique que La Fabrique de la Cité accueillait, le 10 octobre dernier à Leonard:Paris, Bertold Plugboer, chargé de projets à Amsterdam Elektrisch, Gijs Van Der Poel, analyste marché chez ElaadNL, Eric Salomon, directeur d’Enedis pour le territoire parisien, et Jenny Skagestad, conseillère ville et transport auprès de Zero Emission Resource Organisation (Norvège).

Un développement de la mobilité électrique encore balbutiant

Malgré les progrès technologiques importants des dernières années qui ont contribué à augmenter l’autonomie des véhicules électriques et à en diminuer le coût, l’investissement initial encore important qu’ils nécessitent et les nombreuses incertitudes liées à la motorisation électrique (autonomie, disponibilité de la recharge, seconde vie, etc.) continuent de freiner les ventes de véhicules électriques. De nombreuses aides financières, directes ou indirectes, sont donc mobilisées aux échelles nationale (bonus à l’achat, exemptions de taxes dont la TVA, exemptions de frais de péage, etc.) et locale (parking et recharge gratuits, utilisation des voies de bus, priorité pour l’obtention de permis de parking résident…). La Norvège et la ville d’Oslo en particulier font à cet égard figure de pionnières : leurs politiques d’incitation, qui remontent à 1990, portent aujourd’hui leurs fruits puisque plus de 35% des véhicules neufs vendus en Norvège en 2017 étaient des hybrides rechargeables ou des voitures 100% électriques, proportion qui dépassait les 50% à Oslo. Une transition en passe d’être réussie, donc, mais qui impliquera un retour à la normale et une suppression progressive des incitations coûteuses et trop favorables à l’autosolisme, une phase sensible qui ne devra pas enrayer la dynamique actuelle, comme l’explique Jenny Skagestad, conseillère Ville et Transport pour l’ONG ZERO.

Bertold Plugboer, Amsterdam Elektrisch

Les métropoles, clés du développement de la mobilité électrique

Lieux de concentration par excellence des externalités négatives dues au trafic (pollution, congestion, bruit, etc.), les villes pourraient être motrices dans la promotion de cette nouvelle mobilité sur laquelle elles comptent pour atteindre leurs objectifs ambitieux en termes de réduction de ces nuisances. Amsterdam a fait le choix de l’être. La municipalité, qui a l’ambition de rendre son trafic zéro émission à l’horizon 2025, multiplie ainsi les projets de soutien aux véhicules électriques comme l’explique Bertold Plugboer, chargé de projets à Amsterdam Elektrisch, service de la municipalité dédié au développement de la mobilité électrique. Une zone à circulation restreinte doit garantir l’expulsion progressive des véhicules les plus polluants ; le réseau de recharge public se développe à la demande des conducteurs ne disposant pas de parking privatif pour charger leur véhicule et la municipalité négocie avec les compagnies de taxis la conversion de leurs flottes en contrepartie de l’installation de bornes de recharge rapide et d’avantages ciblés pour les chauffeurs. Enfin, la collectivité soutient encore le partage de voitures et deux roues électriques, ou l’utilisation d’utilitaires électriques. Autant d’initiatives qui se retrouvent dans d’autres villes pionnières dans le développement de la mobilité électrique. Outre leurs efforts locaux, les métropoles s’avèrent également décisives pour faire changer les réglementations et orienter les politiques gouvernementales en faveur d’un soutien plus marqué à l’électromobilité.

Gijs Van Der Poel, ElaadNL

Mobilité électrique et réseau : un pilotage subtil

 Si la mise en circulation à venir de nombreux véhicules électriques ne devrait pas poser de problèmes en termes de consommation électrique globale, elle risque en revanche de saturer le réseau lors des pics de consommation grandement amplifiés par la recharge de ces véhicules. D’après Gijs Van Der Poel, analyste marché chez ElaadNL et Éric Salomon, directeur d’Enedis pour le territoire parisien, l’enjeu est donc de soutenir le développement de la mobilité électrique tout en évitant de consentir des investissements très élevés sur le réseau pour absorber des charges inutilement importantes. Pour cela, ils préconisent une distribution optimisée des solutions de recharge afin de répondre uniquement aux besoins réels des conducteurs (recharge rapide pour les taxis, recharge lente à domicile et sur les lieux de travail, etc.) ainsi que l’utilisation de bornes de recharge intelligentes qui, grâce aux données du réseau, pourront contrôler les charges des véhicules et lisser les pointes de consommation.

Des dynamiques partenariales à construire

S’ils sont encore minoritaires, les véhicules électriques peuvent s’insérer partout dans nos villes, jusqu’aux engins de chantier et aux ferries électriques, pour contribuer à les libérer des gaz à effet de serre et émissions polluantes. Pour soutenir la fragile dynamique actuelle, les acteurs urbains, collectivités locales en tête, devront poursuivre et amplifier les efforts en cours et insérer la mobilité électrique au cœur des politiques urbaines de mobilité. Un engagement qui devra s’accompagner également d’une décarbonation progressive de la production d’électricité, sans laquelle les bénéfices de la mobilité électrique resteront inévitablement limités.

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La Fabrique de la Cité

La Fabrique de la Cité est un think tank dédié à la prospective urbaine fondé en 2010 à l’initiative du groupe VINCI, son mécène. Les acteurs de la cité, français et internationaux, y travaillent ensemble à l’élaboration de nouvelles manières de construire et reconstruire les villes.