Édito

Université de la Ville de Demain – La ville bas-carbone pour tous est-elle possible ?

La crise, sanitaire, économique et sociale liée au coronavirus a ébranlé de nombreuses certitudes, notamment en ce qui concerne le fait urbain : où vivre ? Comment vivre en ville ? Comment s’y déplacer ? Comment s’y nourrir ? Ces interrogations sont soulevées alors même que les villes et leurs infrastructures ont fait preuve d’une remarquable stabilité pendant la crise. Elles témoignent en réalité de la nécessité d’une réflexion au long cours sur l’adaptation des villes à des changements globaux mais aux impacts locaux, marqués par une forte incertitude : la gestion de cette crise sanitaire et la survenue d’autres zoonoses, bien sûr, mais aussi, et surtout, le changement climatique. Répondre à ces interrogations ne peut se faire seul ni de manière conventionnelle : la complexité et l’imbrication des enjeux exigent de croiser les points de vue, de mutualiser les compétences, de créer des coopérations intersectorielles pour parvenir à faire face aux défis qui attendent les villes et leurs sociétés ; elles exigent également de prendre le temps d’une réflexion tournée vers l’action.

Tel est le projet de l’Université de la Ville de Demain, lancée en décembre 2019 par la Fondation Palladio et La Fabrique de la Cité : créer un espace de réflexion et de travail à destination des décideurs publics et privés nationaux et internationaux et répondre concrètement à la question suivante : la métropole bas-carbone pour tous est-elle (encore) possible ? Au cœur de cette question, plusieurs enjeux à propos desquels nous avons auditionnés une série d’experts :

  1. La résilience : construire la ville bas-carbone nécessite d’articuler le temps de l’urgence et du court terme avec celui de la prévention et du long terme. Magali Reghezza-Zitt, maître de conférences spécialiste des questions environnementales, qu’elle aborde sous le prisme de la résilience, a dressé avec nous un parallèle entre la crise de la COVID-19 et le changement climatique en montrant la nécessité de miser sur des stratégies de durcissement, c’est-à-dire sur l’adoption de mesures préventives pour renforcer la capacité des villes et des habitants à faire face à un choc, plutôt que sur une seule stratégie de réparation.
  2. Le financement : si l’objectif de neutralité carbone – en termes d’émissions nettes – suscite le consensus, les moyens et investissements à mettre en œuvre pour y parvenir ne sont pas toujours bien identifiés. Il est nécessaire de repenser les relations entre les métropoles et leurs territoires environnants, pouvant potentiellement absorber leurs émissions résiduelles, et de flécher leurs investissements vers des projets bas-carbone, notamment dans le domaine de la rénovation énergétique et des infrastructures. Benoît Leguet, directeur général de l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE) et membre du Haut Conseil pour le Climat, a montré que si les investissements en ce sens progressent aujourd’hui en France, ils demeurent insuffisants et les émissions peinent à décliner.
  3. La création d’une vision partagée : réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine anthropique exige d’adopter des mesures fortes et ambitieuses dans les domaines de l’habitat, des transports, de la mobilité, de la production d’énergie ou encore de la gestion des déchets. Ces mesures auront des conséquences très concrètes en termes de modes de vie, sans toutefois affecter tous les habitants avec la même intensité. La ville post-carbone sera-t-elle inclusive ? Pourra-t-elle advenir si elle ignore le défi de justice spatiale qu’elle soulève ? Cyril Roger-Lacan, Conseiller d’État et ancien Président-fondateur de Tilia, Patrick Braouezec, Président de Plaine Commune, et Thierry Pech, Co-président de la Convention Citoyenne pour le Climat ont montré que, pour être couronnée de succès, cette transition ne pourra faire l’économie d’impliquer tous les citoyens et de créer un mouvement d’adhésion des entreprises et des habitants.
  4. L’articulation entre urbanisme et mobilité : le secteur des transports est l’un des principaux responsables des émissions de GES. Comment décarboner la mobilité ? La démobilité et les modes de déplacement alternatifs au véhicule thermique (comme le vélo) seraient-ils une solution, comme le laissent croire certaines discussions actuelles ? Le débat se situe en réalité ailleurs, nous ont montré Jean Coldefy, expert indépendant, directeur du programme Mobilité 3.0 d’ITS France, et Jacques Levy, géographe et urbaniste, professeur à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne : pour parvenir à décarboner la mobilité, il faut se concentrer sur les déplacements qui contribuent majoritairement aux émissions (les déplacements quotidiens de moyenne distance) et sur ce qui les motive, c’est-à-dire repenser profondément les liens entre mobilité et urbanisme.

Ce que montrent ces enjeux et ce dont témoigne le projet de l’Université de la Ville de Demain, c’est que construire la ville bas-carbone pour tous n’est pas un défi à relever par un cavalier seul mais par des mousquetaires.


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La Fabrique de la Cité

La Fabrique de la Cité est un think tank dédié à la prospective urbaine fondé en 2010 à l’initiative du groupe VINCI, son mécène. Les acteurs de la cité, français et internationaux, y travaillent ensemble à l’élaboration de nouvelles manières de construire et reconstruire les villes.

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