Édito

Oublier les Champs-Elysées

Il est grand temps de considérer le périurbain autrement que les clichés hanituels : « France moche », « royaume de l’individualisme », « dernier refuge des classes moyennes chassées des cœurs de ville », « territoires abandonnés de la République ». La Fabrique de la Cité vous donne rendez-vous jeudi 23 septembre pour une conférence sur le fait périurbain, dans le cadre du festival Building Beyond

La pandémie de la COVID-19 rebatterait-elle les cartes de façon plus profonde que l’on ne l’imagine depuis plusieurs mois déjà ? Le débat s’est concentré sur la réalité de l’exil hors des métropoles pour gagner les villes petites et moyennes qui offriraient une meilleure qualité de vie. À ce jeu-là, toutes les villes moyennes et petites ne gagneront pas, seules celles offrant services, aménités, accessibilité et connectivité comme l’ont montré nos travaux et comme le confirment les différents baromètres immobiliers. Le sondage que nous avions réalisé sur les villes moyennes avec Kantar et Potloc fin 2020 présentait la particularité de préciser ce que les Français entendaient par ville moyenne et de spatialiser où dans la ville moyenne ils souhaitaient habiter. Le résultat est sans équivoque : les Français font fi des limites communales pour définir la ville moyenne par son bassin de vie ( « l’aire urbaine moyenne ») et plébiscitent le périurbain avec ses maisons, ses jardins, sa proximité avec la nature et son accessibilité.

Il est grand temps de considérer le périurbain autrement que les clichés qu’il charrie habituellement : « France moche », « royaume de l’individualisme », « dernier refuge des classes moyennes chassées des cœurs de ville », « territoires abandonnés de la République »… Comme le souligne la revue Oblik, « en fait, aucun territoire n’a une population aussi proche de la moyenne des actifs, avec 28 % d’employés, 26 % d’ouvriers, 2,5 % d’agriculteurs ou encore 12 % de cadres. Pour la plupart de celles et ceux qui ont réussi à s’offrir un petit pavillon et un bout de jardin, vivre dans le périurbain n’est pas une tare, mais un motif de fierté. » Attentive au moindre changement de tendance et de mode de vie, l’industrie du luxe ne s’y trompe pas en suivant ses clients : Dior a ouvert une boutique dans la banlieue de Détroit, Gucci à Oak Brook (Illinois), Dior à Scottsdale (Arizona) et Louis Vuitton à Plano (Texas). Comme l’analyse le Washington Post en citant Milton Pedraza, directeur général du Luxury Institute, un cabinet d’études de marché à New York : « la pandémie a décentralisé le commerce de détail de luxe. On dirait que tout le monde a déménagé en banlieue ou dans sa maison de vacances – c’est donc là que les magasins vont aussi. »

Naturellement l’industrie du luxe réalise ainsi plusieurs bénéfices : elle joue l’effet de surprise et offre une expérience exclusive à ses clients en leur déclarant « je veux vous voir » après des mois d’ouvertures contrariées en raison de confinements successifs et soutient ainsi son niveau de ventes qui est demeuré élevé pendant la pandémie ; et elle prend un risque faible, les prix en banlieue étant nettement inférieurs à ceux des villes centres et les baux étant moins contraignants. Au moindre renversement de tendance, elle peut ainsi s’adapter et fermer boutique. L’industrie du luxe nous invite toutefois ainsi à envisager sous un autre angle les conséquences de la pandémie : derrière les dynamiques du marché de l’habitat individuel se dessinent de nouvelles opportunités pour dessiner des lieux de vie vivants et diversifiés. Pour cela, il est impératif de changer de regard sur le périurbain et de le voir enfin non pas comme une excroissance honteuse de l’urbain, mais comme un espace de vie bien souvent recherché pour ses qualités propres, à aménager comme tel, avec un gradient d’urbanité accru, quoique différent de celui des villes centres. Opérer ce changement de regard permettra également de trouver enfin de nouvelles solutions aux problèmes que soulève un périurbain conçu uniquement dans sa dépendance à la centralité, ce que les travaux du groupe de travail « habiter la ville bas-carbone » piloté par La Fabrique de la Cité dans le cadre de l’Université de Demain initiée par La Fondation Palladio ont montré.

Pour secouer certains clichés liés au périurbain et en comprendre plus finement le fonctionnement, les modes de vie et les potentiels de transformation, la Fabrique de la Cité vous invite à assister à la table ronde organisée dans le cadre du Festival Building Beyond, édition 2021, qui réunira Maxence De Block, urbaniste et chargé de projet à Vraiment Vraiment (auteur de la tribune « L’émancipation, au fond de la raquette de retournement »), Lucile Mettetal, chargée d’études et de projet à l’Institut Paris Région, au sein du département Habitat et Société, et Chloë Voisin-Bormuth, directrice de recherche à La Fabrique de la Cité.

Chloë Voisin-Bormuth, directrice de recherche à La Fabrique de la Cité

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La Fabrique de la Cité

La Fabrique de la Cité est un think tank dédié à la prospective urbaine fondé en 2010 à l’initiative du groupe VINCI, son mécène. Les acteurs de la cité, français et internationaux, y travaillent ensemble à l’élaboration de nouvelles manières de construire et reconstruire les villes.

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