Édito

Poser les jalons de la ville bas carbone pour tous

Les 8 et 9 juillet prochains, 150 décideurs politiques, économiques, associatifs et personnalités issues de la société civile se réuniront lors du 1er sommet de l’Université de la Ville de Demainlancée à l’initiative de la Fondation Palladio en partenariat avec La Fabrique de la Cité pour poser les jalons de la ville bas-carbone pour tous.

Les déclarations sur les engagements pris en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne cessent de se multiplier de la part des acteurs publics comme privés, signe que l’effet d’entraînement fonctionne. Le sommet organisé à l’initiative du Président des États-Unis Joe Biden les 22 et 23 avril 2021 a permis l’expression d’une nouvelle ambition climatique des États avec une hausse assumée des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour contenir la hausse des températures à + 1,5°C au maximum. Les États-Unis se sont fixés un objectif de réduction de 50% des GES d’ici à 2030 par rapport à 2005, le Canada et le Japon ont relevé leur précédent objectif de réduction respectivement de 30% à 45% d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005, et de 26% à 46% d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2013. L’Europe a quant à elle réaffirmé son ambition de réduction nette d’au moins 55 % des GES d’ici à 2030 par rapport au niveau de 1990 (Le Monde). Si on ne peut que saluer ce regain d’ambition, qu’en est-il sur le terrain ? Le Plan Climat du gouvernement d’Angela Merkel, qui s’aligne sur les ambitions européennes, vient d’être jugé insuffisant par la Cour constitutionnelle allemande en ce qu’il ne contraindrait que trop faiblement la réduction des émissions à partir de 2031 et qu’ « [il repousserait] irréversiblement à la période postérieure à 2030 des charges considérables en matière de réduction d’émissions » (Le Monde). Comme le rappellent clairement les éditorialistes de Nature, « [fixer] un objectif [de réduction des émissions de gaz à effet de serre] pour 2050 ou 2060 n’a pas de sens sans jalons intermédiaires » (Nature). Au-delà des déclarations, la lutte contre le réchauffement climatique exige des plans d’action qui soient mis en œuvre et la détermination d’étapes intermédiaires qui permettent d’évaluer l’impact des actions qui sont menées.

Il existe de nombreux freins à la mise en place de plans d’action efficaces pour réduire les émissions des GES. L’Université de la Ville de Demain s’attache à lever plus particulièrement quatre d’entre eux :

  1. Déterminer les bons périmètres d’action: même si leur rôle a été tardivement reconnu contrairement à celui des États, les villes constituent une échelle d’action de première importance. Elles pèsent un poids important dans les émissions de carbone : 100 villes représentent 18% des GES pour 11% de la population (Environmental Research Letters), si bien qu’il est déjà possible d’agir sur un nombre limité de villes pour avoir un impact significatif sur l’empreinte carbone nationale et mondiale. Mais surtout, les villes sont des acteurs clés pour élaborer des stratégies mobilisant les acteurs de terrain à différentes échelles : prendre en compte les émissions tant directes qu’indirectes, de même que l’impossibilité de ne pas recourir à la compensation, ouvrent la porte à de nouvelles logiques de coopération entre territoires. L’Université de la Ville de Demain s’intéresse ainsi à tous les territoires urbains, dans leur diversité : métropoles, villes petites et moyennes, centralités comme périubain
  2. Réussir à obtenir un effet masse: créer la ville bas carbone « pour tous » ne peut être vu comme une simple option parmi d’autres mais bien comme la condition sine qua non de la réussite de ce projet. Si le haut du marché a relevé le défi de la ville bas carbone, comment atteindre un effet masse ? Décidée à faire des propositions dans la réalité des territoires et des habitants, l’Université de la Ville de Demain s’est fixé comme objectif de répondre à cette question en tenant compte des évolutions sociétales majeures en cours, comme le vieillissement ou le creusement des inégalités socio-spatiales et des enjeux de gouvernance, d’acceptabilité des projets ainsi que de nouvelles attentes en termes d’implication de la société civile et de RSE.
  3. Développer des logiques de coopération entre acteurs et entre territoires : la complexité et l’imbrication des enjeux soulevés par le changement climatique exigent de mutualiser les compétences de tous les acteurs de la fabrique de la ville et de créer des coopérations intersectorielles dont le préalable est l’élaboration d’une grammaire commune.
  4. Faire face à l’incertitude : le changement climatique entraîne une perte de maîtrise sur les évolutions à venir. Pour y faire face, il s’agit autant d’élaborer des solutions que de développer sa capacité de réaction et d’adaptation face à l’inconnu. S’inscrivant dans un cycle de temps long et reposant sur l’échange et la constitution de nouveaux savoirs, l’Université de la Ville de Demain répond à cet objectif en échappant à deux écueils, l’un, ancien, de la confiscation du savoir par quelques acteurs travaillant en silos et l’autre, plus nouveau, de la contestation de l’expertise au profit de l’opinion.

L’Université de la Ville de Demain innove en ce qu’elle appelle les acteurs de la ville, qui portent une responsabilité commune, à s’unir pour faire face à ces enjeux inédits et à coopérer pour faire émerger les solutions de demain (Challenges). En rassemblant décideurs économiques et politiques, chercheurs-experts, représentants de la société civile et médias, l’Université de la Ville de Demain veut briser les silos en offrant un mode de coopération inédit, en favorisant le dialogue et en embarquant toutes les parties prenantes dans un processus de travail et d’engagement collectif. Quatre questions clés sont d’ores et déjà travaillées depuis plusieurs mois au sein de groupes de travail présidés chacun par un acteur opérationnel et un expert et conçus et animés par La Fabrique de la Cité :

  1. Comment habiter la ville bas carbone en dehors des seuls centres villes ou des métropoles denses ? (Nordine Hachemi, président-directeur général de Kauffman&Broad ; Jean-Marc Offner, directeur de l’Agence d’Urbanisme de Bordeaux Métropole)
  2. Au-delà de la tension entre le coût certain de l’action et le coût incertain de l’inaction, entre le choix du business as usual et celui de la transition, comment financer les actions d’adaptation au changement climatique et d’atténuation dans le respect de la justice sociale et spatiale ? (Xavier Lépine, ancien président du directoire du groupe La Française, et nouveau président de l’IEIF ; Pierre Ducret, ancien président d’I4CE et directeur de l’Institut Palladio ; Pierre Schoeffler, président S&Partners et Senior Advisor à l’IEIF)
  3. Comment élaborer une vision commune de la ville bas carbone affranchie d’un discours de peur et de culpabilité et s’assurer que les pistes d’action créent l’adhésion nécessaire et profitent à tous ? (Magali Reghezza, maître de conférence à l’ENS et membre du Haut Conseil pour le Climat ; Patrick Braouezec, ancien président de Plaine Commune)
  4. Alors que les émissions indirectes sont celles qui, pour être réduites, exigent de mettre en place les plus fortes relations partenariales entre territoires et entre acteurs, en quoi les stratégies de réduction des émissions des entreprises et des territoires se complètent-elles ? (Pierre Anjolras, président de VINCI Construction et d’Eurovia, Cécile Maisonneuve, présidente de La Fabrique de la Cité)

Cette réflexion résolument tournée vers l’action permet dès aujourd’hui de poser les jalons de la construction de la ville bas carbone pour tous.

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La Fabrique de la Cité

La Fabrique de la Cité est un think tank dédié à la prospective urbaine fondé en 2010 à l’initiative du groupe VINCI, son mécène. Les acteurs de la cité, français et internationaux, y travaillent ensemble à l’élaboration de nouvelles manières de construire et reconstruire les villes.

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