Édito

Rénovation énergétique des bâtiments : posons la question de confiance

Les bâtiments représentent 40,6% de la consommation d’énergie finale de l’Union Européenne. La rénovation énergétique du bâti, notamment dans le secteur résidentiel, représente donc un levier majeur pour atteindre l’objectif de 27% d’efficacité énergétique fixé à l’échelle européenne d’ici à 2030. En Europe, tous les échelons de gouvernance – nationale, régionale, communale – ont d’ores et déjà traduit ces objectifs, voire sont allés au-delà.

Les instruments techniques et financiers permettant une rénovation énergétique des bâtiments sont nombreux. Et pourtant, le constat est unanime pour considérer que celle-ci demeure trop timide dans le domaine résidentiel au regard des objectifs extrêmement ambitieux que nous nous sommes fixés. Si les réponses n’apportent pas la solution attendue, peut-être faut-il alors reformuler la question, abandonner l’idée que la multiplication des outils résoudra la question et trouver de nouveaux leviers.

Sans doute faut-il s’interroger sur la gouvernance de ces outils. La question de la rénovation énergétique des bâtiments est souvent abordée au niveau national. C’est pourtant un sujet à la fois plus large et plus local. Plus large parce qu’il n’y aura pas de transition énergétique en Europe sans rénovation énergétique des bâtiments. Le cadre d’action doit donc être européen, plus encore au vu de l’impact majeur de ce dossier sur l’endettement public et privé. Plus local car la rénovation énergétique, même plus « industrialisée », implique une connaissance du bâti, des entrepreneurs et des impacts sur la valeur du foncier, qui relève du local. Ainsi, comme le fait par exemple la Région de Bruxelles, il est temps, en vertu du principe de subsidiarité, de favoriser la mise en place de mécanismes de financement locaux. Dans le même temps, au nom de ce même principe, une implication forte du niveau européen est nécessaire en matière de garantie de prêts et de facilitation du financement pour les collectivités locales.

De même, travaillons sur le bon dosage entre outils traditionnels et outils innovants, qui mériteraient d’être développés. Jusqu’à présent, les États de l’OCDE ont eu recours aux mécanismes les plus simples et globaux, à travers la fiscalité, les contraintes réglementaires et les certificats blancs. Cependant, ces mécanismes atteignent désormais leurs limites. Leur gisement est bridé par une réponse faible voire inexistante aux différentes difficultés du segment résidentiel sans compter qu’ils ne permettent pas de déverrouiller les mesures qui présentent un gisement plus profond. Qu’ils s’appellent PACE (mécanisme pratiqué aux Etats-Unis permettant à l’utilisateur de financer l’investissement via la collectivité et de le rembourser par les taxes locales) ou surélévation du bâtiment, ces mécanismes innovants permettent de lever plusieurs verrous (capacité de financement, sous-performance, divergences d’intérêts entre parties prenantes…) à la prise de décision liée à l’investissement dans l’efficacité énergétique. Ils présentent également l’immense avantage de donner la main aux collectivités locales puisqu’ils sont liés à la fiscalité locale (PACE) et au plan local d’urbanisme (surélévation).

Il faut sans doute aller encore au-delà. La transition énergétique dépasse la seule dimension technique, juridique et financière. Elle suppose une révolution copernicienne. Dans un monde où la demande d’énergie va devoir de plus en plus s’adapter à l’offre, le consommateur final et ses usages doivent être placés au cœur du dispositif. Cela veut dire qu’aucune démarche de rénovation ne peut se faire sans que soit posée cette question simple : quelles sont les attentes de ce consommateur, qui est en même temps locataire ou propriétaire, et contribuable ? A-t-il confiance dans l’offre qui lui est proposée ? La connaît-il même et, si tel est le cas, la comprend-il ? Se placer dans cette optique renouvelle l’approche de la question de la rénovation énergétique : il faut parler confort, bien-être et services là où l’on parlait technique ; il faut parler valeur du bien là où l’on mettait en avant les économies. Et il faut parler parcours client, structuration de filières et accompagnement pour dépasser la défiance. Trois défis que doivent relever, dans une approche collaborative, acteurs publics locaux, entreprises et citadins.

Cet édito est extrait de L’Instant Urbain (février 2017) de La Fabrique de la Cité.

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La Fabrique de la Cité est un think tank dédié à la prospective urbaine fondé en 2010 à l’initiative du groupe VINCI, son mécène. Les acteurs de la cité, français et internationaux, y travaillent ensemble à l’élaboration de nouvelles manières de construire et reconstruire les villes.

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